Brunschvicg appelle aussi quelque part cette "vraie philosophie" de Spinoza (qui est en fait , non pas la prétendue "philosophia perennis" de pseudo-philosophes vrais mystiques, mais LA philosophie tout court, ou aussi LA religion tout court, seule propre à relier et unir les hommes au moyen de ce qui seul peut les réunir : la Raison, par opposition à l'instinct et au sentiment) : un christianisme de philosophes.
Il est évident qu'il n'aurait pas pu dire "christianisme" tout court, concernant un juif de naissance qui s'il s'est volontairement laissé expulser de la "nation juive", n'a pas cherché la conversion, ou plutôt pseudo-conversion, à un autre culte, même si certains groupes protestants jouent un rôle dans son évolution spirituelle.
Un christianisme de philosophes, cela pourrait tout aussi bien être appelé : un "Islam des philosophes et des savants", ou bien un "Islam des Lumières" (mais ayant fort peu à voir avec les montages et trucages de Bernard Henri Lévy, qui d'ailleurs a su se lier, pour la plus grande gloire de Mammon, avec Michel Houellebecq
), ou encore un "Islam spirituel", mais ayant là aussi fort peu à voir avec les élucubrations d'Henry Corbin ou Christian Jambet inspirés, ou mieux enivrés, de Sohravardi et des "néo-platoniciens de Perse" (qui n'ont rien retenu de Platon).
Oui, la religio philosophica, l'acheminement de l'âme vers le Dieu des philosophes et des savants, doit se garder, non seulement d'être édifiante, comme le notait Hegel, mais aussi et surtout de reprendre à son compte pour les régler les vieilles querelles entre chapelles qui ne sont que de vieilles lunes....même si elles menacent de faire succomber l'humanité dans une "guerre de religions" finale.
L'Islam ou le christianisme des philosophes dont nous parlons et parlerons ici est un culte sans livres sacrés (et surtout pas la Bible ou le Coran, ces fatras de supercheries et de superstitions), sans promesses, sans prières et sans "communauté de vrais croyants" (oumma)...tant il est vrai que l'on n'est le vrai fidèle que par rapport à l'infidèle, celui qu'il faut exterminer, celui que "Dieu reconnaitra " une fois que les pieux croyants l'auront égorgé !
la clarté dans la confusion, la confusion dans la clarté....tel était le programme que donnait à notre post-modernité chancelante Claude Lelouch en 1973, dans son film somptueux "L'aventure c'est l'aventure" (et dans lequel Lino Ventura et Jacques Brel, prémonitoires, nous annonçaient que "le capital c'est foutu"
).
Nous nous accorderons bien volontiers avec lui sur ce programme....mais s'il restait encore un peu de confusion non clarifiée, cédons encore une fois la parole à Brunschvicg : le Maitre dissipera sans aucun doute mieux que nous tout malentendu :
Dira-t-on
que nous nous convertissons à l'évidence du vrai lorsque
nous surmontons la violence de l'instinct, que nous refu-
sons de centrer notre conception du monde et de Dieu
sur l'intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d'une ambi-
tion fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper
aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour
respirer dans un monde sans Providence et sans prières,
sans sacrements et sans promesses ?
La clarté de l'alternative explique assez la résistance à
laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée
de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait
pas acception des personnes, un Dieu qui n'intervient pas
dans le cours du monde et en particulier dans les événe-
ments de notre planète, dans le cours quotidien de nos
affaires, « les hommes n'ont jamais songé à l'invoquer ».
Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle
de Dieu, il s'agît si peu du Dieu auquel pensent la plupart
des hommes que, si, par miracle, et contre l'avis des
philosophes. Dieu ainsi défini descendait dans le champ
de l'expérience, personne ne le reconnaîtrait»