Quelques mots à propos de l'anecdote immémoriale de Thalès et de la servante thrace, qui forme le thème du titre de ce blog (qui s'appelait auparavant, pompeusement : "Dieu des philosophes et des savants")....ce blog qui prend la suite des blogs "Mathesis universalis", "Principia toposophica", etc...qui ont tous lamentablement échoué..
Le grand philosophe-mathématicien-physicien-astronome Thalès de Milet , l'un des premiers grands philosophes présocratiques, à l'origine du théorème de Thalès , le premier à avoir prédit une éclipse de soleil, ou à avoir expliqué la couleur de la Lune par le reflet de la lumière solaire, celui qui a élaboré la théorie selon laquelle le monde dérive d'un élément unique, l'eau ("tout est eau"), se promenait un jour, le regard fixé comme à l'habitude sur le ciel et les étoiles (Kant distinguait deux merveilles : le ciel étoilé au dessus de nos têtes et la loi morale dans l'intimité de notre coeur).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Thal%C3%A8s_de_Milet
Comme il gardait les yeux fixés vers le ciel, il ne pouvait voir en même temps le chemin où se dirigeaient ses pas....et ce qui devait arriver arriva : il tomba dans un puits profond (est ce là le puits de la vérité ? je ne sais..).
Survint alors une servante thrace (pour le secourir ? je veux le croire) qui éclata de rire en disant quelque chose comme : "Ah ces sages ! tous les mêmes ! il veut sonder les mystères de l'Univers et il n'est même pas capable de faire trois pas sans se casser la figure ! eh pépé, tu ferais mieux de regarder devant toi et de te soucier des autres , au lieu de te perdre dans tes théories fumeuses !"
Telle est l'une des formes de l'anecdote, qui en a revêtu au cours des siècles de nombreuses différentes.
Voici ma façon à moi d'imaginer la suite : la servante, qui était jeune et jolie, avait aussi très bon coeur dans le fond...elle remonte notre philosophe tout trempé , le conduit dans sa chaumière, fait un bon feu de bois, le déshabille pour sécher ses vêtements et....là encore ce qui devait arriver arrive....je ne vais pas vous faire un dessin quand même !
et le vieux sage tombe amoureux de la belle servante , il l'épouse, lui fait des enfants, elle réchauffe ses vieux ans glacés, et surveille sa maison, le laissant vaquer en paix à ses théories...
ou bien elle se révèle au bout de quelques années une horrible mégère, et le pousse au suicide....
bref !
mais laissons là mes rêveries idiotes...
Le philosophe Hans Blumenberg a écrit un livre philosophique et passionnant à propos de cette anecdote : "Le rire de la servante de Thrace" (Ed de l'Arche).
Voici quelques liens à propos de (ou mentionnant) ce livre :
http://www.cairn.info/revue-multitudes-2007-3-page-177.htm (article in extenso de Charles Wolfe : "Le rire matérialiste")
http://www.vox-poetica.org/sflgc/biblio/gely.html
http://www.univ-paris-diderot.fr/DocumentsFCK/clam/File/Verite_fond_puits.pdf (page 12 sur l'anecdote)
http://editionsdelabibliotheque.bpi.fr/resources/titles/84240100829810/extras/philobis.pdf (page 21, où J P Faye parle de l'anecdote comme de la première histoire philosophique, signalant le début de la pensée coïncidant avec une erreur)
et l'on en trouve de nombreuses autres avec Google. Je ne vais pas commenter ces liens, ce n'est pas mon propos, je veux juste m'expliquer sommairement sur mes pensée à propos de cette fable qui m'obsède depuis toujours...
Thalès personnifie la philosophie comme recherche de la vérité (du Dieu des philosophes) par le biais de la science et donc de la rupture avec le sens commun dans la connaissance du second genre (la science est née en Grèce). La servante personnifie le sens commun, l'opinion, la connaissance du premier genre de Spinoza.
Je ne vais donc évidemment pas me joindre au rire de la servante, bien que j'apprécie le plaisir de rire (ainsi que les autres plaisirs d'ailleurs). Mais qu'il me soit permis de dire que je n'ai aucun mépris pour la servante, bien au contraire...en fait, j'ai omis de révéler plus haut la nature exacte de mes rêveries, notamment à l'époque ou je méditais sur Raymond Abellio et ses développements sur la "femme ultime".
Selon Abellio (i e Georges Soulès le polytechnicien), par exemple dans "La structure absolue", la femme ultime , qui doit advenir à l'époque de la fin de l'apogée occidentale et du cycle actuel, dépassera l'homme sur le terrain de l'intelligence analytique et sera capable de "jouir sexuellement" dans un orgasme ontologiquement nouveau, "supérieur" à celui de la "femme primitive" (orientale), contrairement à la femme phallique occidentale actuelle qui en est incapable.
Mais selon Abellio, seul un homme (lui, Abellio ) est capable de "faire advenir" cette femme ultime en la convertissant au nouveau paradigme, alliance de la sexualité véritable et de la pensée véritable.
J'ai longtemps vu en la servante thrace une possibilité de femme ultime : donc elle épouse Thalès, elle le convertit aux joies du sexe et de la famille, mais lui en échange la convertit à la "conscience intellectuelle" et donc à la rupture avec la mentalité commune, obnubilée par les "Mystères" et soumise aux superstitions religieuses (païennes, "astrobiologiques"). Pour le dire sommairement : il la convertit de l'astrologie à l'astronomie ! de la mentalité orientale, soumise aux prestiges des rites et des Mystères, à la sagesse occidentale naissante à cette époque..
comme on le voit : il y a encore du travail (si j'en crois la place laissée de nos jours aux astrologues et aux horoscopes)! Thalès a dû échouer...
Mais quittons là ce terrain dangereux car politiquement-sexuellement incorrect !
de toutes façons Abellio ne m'obsède plus du tout...depuis que j'ai fait la connaissance de Brunschvicg grâce à la lecture de Badiou, et que j'ai quitté les sombres parages de la Kabbale et de l'arithmosophie pour la clarté intellectuelle de la mathématique et de la théorie des nombres...
le second lien que j'ai cité plus haut ("Le rire matérialiste") cite Spinoza :