• J'ai vu un des articles que j'avais publiés en juillet 2007 sur un ancien blog republié hier 19 novembre 2008 sur un blog d'Observation de l'Islamisation :

    http://cafephilodedroite.blogspot.com/2008/11/observatoire-de-lislamisation-de-la_19.html

    et cela m'a donné motif à réflexion.

    Pourrais je aujourd'hui réécrire sans aucune modification ce que j'avais écrit il y a un peu plus d'un an ? soit un espace de temps assez court, mais où il s'est passé pas mal de choses, notamment depuis les dernières semaines et ce que l'on appelle la "Crise mondiale".

    A vrai dire, je ne renie rien de ce que j'avais écrit en juillet 2007. Mais il me faut y apporter, plutôt que des corrections ou suppressions, des compléments qui s'avèrent constituer des rectifications...en quelque sorte Mort de rire

    Tout tourne autour de Brunschvicg et de sa doctrine : c'est en lui, et en son oeuvre, que s'est cristallisé un noyau d'aspirations et de projets de nature philosophique et spirituelle.

    Or une chose est indiscutable concernant Brunschvicg : la vie religieuse est pour lui l'aspect le plus important de la vie, et toute sa philosophie est orientée vers ce but.

    Mais il est une autre chose indéniable, ou plutôt une chose qui semble entièrement différente, mais qui ne l'est pas, et même s'avère à la réflexion être la même chose: c'est que Brunschvicg est d'une intransigeance absolue sur la valeur du rationalisme, et de sa valeur, de sa teneur religieuse; un rationalisme qu'il a soin de différencier du dogmatisme fondé sur une Grande logique, qu'il vitupère comme faussement rationaliste.

    En fait, on pourrait dire que tout l'effort de la vie philosophique de Brunschvicg se résume à la tâche, écrasante, de définir le plus scrupuleusement et le plus exactement possible la nature de la raison, et ce en quoi elle est ce qui depuis la naissance de la science "ouvre" la possibilité de la conversion et de la religion véritable, sans rien de commun avec les religions du passé.

    A ce titre se pose le problème du christianisme, dont on sait que depuis 2000 ans il oeuvre et opère, avec la philosophie , au coeur de l'édification du destin de l'Occident, c'est à dire du destin de l'humanité, qu'on le regrette ou qu'on s'en félicite.

    Or Brunschvicg, d'origine juive, et qui a eu à souffrir à la fin de sa vie des persécutions nazies et pétainistes, Brunschvicg qui a été un dreyfusard sans failles et un ardent combattant contre l'antisémitisme, Brunschvicg rejette le judaïsme et l'Ancien Testament. Voir notamment le témoignage de Gilson dans l'article précédent :

    http://www.blogg.org/blog-76490-billet-brunschvicg_raconte_a_gilson_sa_liberation_du_judaïsme-922879.html

    Il le rejette parce qu'il rejette la notion de Créateur et celle de Transcendance, et parce qu'il le juge trop "charnel", impuissant à se hausser à l'universel.

    Brunschvicg déclare souvent que sa philosophie est une doctrine du Verbe, de Verbe intime (logos endiathetos) plutôt que du Verbe proféré dans le langage et son exériorité. Il se rattache au Nouveau Testament comme livre de la religion du Verbe, donc plutôt au prologue de l'Evangile de Jean , qui avait aussi tellement fasciné Fichte.

    Brunschvicg se plait à reconnaître que le christianisme a inauguré un "nouvel élan de conscience", qui peut et doit se poursuivre en dehors des domaines régis par la foi. "Je ne reconnaitraît pas moi même dans ce que je pense et ce que je suis" dit il "s'il n'y avait eu tout le mouvement du christianisme".

    Le R P Sertillanges fait ce constat que l'on pourrait craindre orienté (pour "récupérer" Brunschvicg et la philosophie critique dans le giron de la foi chrétienne) mais que nous acceptons dans ces grandes lignes : reconnaissant l'énorme influence exercée (en bien comme en mal d'ailleurs, ajouterons nous) par le christianisme dans le domaine philosophique, Brunschvicg n'entend pas choisir pour se situer pour ou contre le christianisme en général; il fait son choix à l'intérieur du christianisme, interprétant celui ci dans le sens d'un idéalisme critique et mathématisant qui se veut aussi et par dessus tout religieux et apparenté , outre la doctrine du Verbe, à l'imitation de Jésus. (sur ce dernier point de l'imitation de Jésus cependant, je me permets d'être dubitatif, et pour ma part je restreindrais le "christianisme de philosophe" de Brunschvicg à la pure spiritualité de la doctrine du Verbe intérieur et absolument immanent : "la lumière qui éclaire tout homme de l'intérieur".

    Un idéalisme, donc, religieux non pas malgrès son mathématisme, mais religieux et "chrétien", d'un christianisme de philosophes et de savants, parce que mathématisant.

    Et l'on ne peut que noter, en relation avec ce qui vient d'être dit, que Kojève caractérise la science moderne comme étant d'origine chrétienne: la naissance d'une physique mathématique à vocation universelle est  explicable selon lui uniquement par l'imprégnation de l'Europe par le christianisme et singulièrement par le dogme de l'Incarnation. Car les autres dogmes porpres au monothéisme étaient présents dans le judaïsme et l'Islam, qui n'ont jamais eu l'idée de développer une science mathématique et universelle. Idée qui a vu le jour sous la forme de la Mathesis universalis de Descartes.

    Compte tenu de ce qui précède, et de ma volonté de fidélité, non pas littérale mais spirituelle, à la voie tracée par Brunschvicg, vais je donc renier les propos souvent d'une virulence extrême que j'ai tenus en 2007 sur l'ancien blog, contre le christianisme ?

    Oui et non.

    Car la fidélité au sens véritable du christianisme, la doctrine du Verbe , réclame une intransigeance intraitable contre ce qui dans le christianisme apparait comme scorie, impureté, ajout mythologique à la pure doctrine (philosophique en son essence) du Verbe : à savoir tout le christianisme vulgaire, celui que l'on connaît si bien : prières, bondieuseries, pleurnicheries "saintes"...et, côté cour, guerres, croisades et là aussi massacres.

    Si le christianisme est, et il l'est d'une certaine façon, la tentative absurde et désespérée (ou désespérante) de faire tenir ensemble deux choses absolument inconciliables : la personnalité humaine de Jésus, et l'essence pure et spirituelle du Verbe universel, alors il ne peut que s' effondrer..et c'est bien ce qu'il fait depuis 2000 ans, et de manière acélérée depuis un siècle. Et ce au profit de l'Islam.

    Mais nous savons aussi que Brunschvicg, disciple de Spinoza, interprète la doctrine spinoziste comme "un christianisme de philosophe".

    C'est pour cette raison que nous changeons, depuis quelques mois, la visée de notre lunette d'approche, pour la réorienter vers le domaine de la vie religieuse. Donc de la Mathesis universalis vers le Dieu des philosophes et des savants, puisque l'on sait aussi que Brunschvicg a toujours rejeté la première notion, Mathesis universalis, qu'il considérait comme un reliquat à l'âge moderne des rêves de "Pansophie" du moyen age, mais qu'il s'est réclamé pour le sens ultime de sa pensée du Dieu des philosophes et des savants, en un sens exactement inverse et symmétrique du Mémorial de Pascal :

    "le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial de Pascal du 23 novembre 1654: entre le Dieu qui est celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires".

    Dieu des philosophes et des savants , non pas Dieu d'Abraham pour Brunschvicg (et pour nous, pauvres ombres qui suivons ses pas de géant à distzance respectable et respectueuse); mais pour Pascal :

    FEU

    Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob,

    non des philosophes et des savants.

    C'est dans ce cadre de réflexions que nous choisissons de "thématiser" nos sommaires tentatives, vite retombées d'une "impuissance à redresser le vol", comme un christianisme, ou un Islam, de philosophes et de savants.

    Car si l'on émonde le christianisme de tous ses aspects charnels, de toutes ses impuretés donc, alors l'apparition historique de l'Islam perd tout son sens : et l'on peut confondre Islam et christianisme en un même nom, et un même concept.

    Mais tout en précisant bien que ce "christianisme-Islam de philosophes et de savants" n'a rien de ommun avec l'Islam coranique, et très peu avec le christianisme historique en tant que religion... peut être juste le prologue de l'Evangile de Jean. Et cela suffit amplement à toute une vie d'effort intérieur !

    Voir aussi sur ce point :

    http://www.blogg.org/blog-76490-billet-un_christianisme___ou_un_islam__de_philosophes_et_de_savants-890557.html

    La belle histoire continue donc, mais ce sont les blogs suivants qui en deviennent les principaux "points de regroupement et de convergence":

     
     
     
     et, dans une optique moins "généraliste" et plus orientée vers le combat spirituel autour de l'Islam des lumières (c'est à dire : contre l'Islam de Muhammad et le Coran, pour lce que nous appelons Islam des philosophes ou Islam spirituel, rattaché à Averroès, mais surtout à Copernic, Descartes,Spinoza, Malebranche, Fichte Brunschvicg et Einstein):
     
     

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  • Il est des moments bénis où l'on est apte à pardonner à Internet toutes ses monstruosités (pornographie, islamisme, nazisme , sarkozysme etc..).

    par exemple quand on tombe par hasard sur ce livre d'Etienne Gilson : "Le philosophe et la théologie", où il raconte sa jeunesse et son éducation philosophique, sous les auspices de Léon Brunschvicg , livre que Google nous offre à l'url suivant :

    http://books.google.fr/books?id=b1h629TmxxAC&pg=PA31&lpg=PA31&dq=Brunschvicg+evangile+Jean&source=bl&ots=LryGH9HNxU&sig=yy2Xgrb_A1VVdPrANQ8f1aQnBKQ&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=4&ct=result#PPA32,M1

    On sait que Brunschvicg cite souvent certains passages des Evangiles, surtout celui de Jean, et qu'il déplore que le christianisme historique n'ait pas été à la hauteur de la religion du Verbe qu'il est en fait. Il rejoint ainsi Fichte, qui voit dans le Prologue de l'Evangile de Jean toute la philosophie éternelle en germe.

    Dans "Le christianisme et les philosophes", le R P Sertillanges donne quittance à Brunschvicg du fait qu'il place toujours le Nouveau Testament bien au dessus de l'Ancien : le Dieu en esprit et en vérité, le Dieu qui est le Verbe immanent à toute conscience humaine, et non pas l'idole "Dieu créateur".

    Gilson confirme ici (pages 29 à 32 entre autres) que Brunschvicg a répudié le judaïsme jusque dans le christianisme (on ne parle évidemment pas ici de conversion, alors que Bergson voulait bel et bien se faire catholique, mais y a renoncé pour ne pas paraitre abandonner ses frères au moment des persécutions hitlériennes).

    "Ce qu'il nous reprochait à nous autres catholiques" (c'est Gilson qui parle de Brunschvicg), "c'est d'être encore trop juifs".

    Mais Brunschvicg, dans sa simplicité et sa sincérité, raconte à Gilson le moment exact où il s'est libéré de la "prison juive" (ainsi que l'appelle Jean Daniel) : "c'était au moment du jeûne : pou s'assurer qu'il ne cédait pas à un appétit bien naturel, notre philosophe mangea un haricot (Brunschvicg appuyait sur "un", car l'unicité de ce corps du délit lui garantissait la pureté de l'acte)..

    Gilson : "j'essayai alors de lui faire comprendre  que l'idéalité même de sa rébellion était encore un triomphe du Lévitique"..

    puis il se demande : "Quel est donc ce Dieu en esprit et en vérité auquel on se consace en mangeant un haricot, et un seul ?"

    Il se pourrait bien que Gilson ait manqué là la signification pour la postérité de ce qui est peut être l'un des plus importants "sermons" (à la manière d'un koan zen) philosophiques.

    Oui, il se pourrait que Brunschvicg nous lègue là, à nous autres pauvres ombres perdues dans les ténèbres du 21 ème siècle, de sa barbarie et de ses guerres religieuses qui reviennent, un héritage magnifique, un symbole qui sauve...

    Dans ses Essais sur le bouddhisme Zen, Suzuki raconte souvent la façon dont un élève, après des années de travail infructueux encore qu'acharné, rencontre l'illumination (satori) en recevant un coup de bâton du Maitre, ou à l'occasion d'une parole en apparence futile de celui ci...

    Il me semble bien vivre ici, avec Brunschvicg et son haricot, l'un de ces moments privilégiés...

    et, n'était mon souci de la discrétion, et ma méfiance devant l'exaltation (et le délire) , il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que je m'agenouille, moi, dans ma chambre, les yeux baignés de larmes, en murmurant dans une sorte de transe, un peu comme le disciple du Maitre Zen:

    "Maitre, c'est extraordinaire...tout ce qui était courbé est redressé, les fleuves sont de nouveau des fleuves etc..etc.."

    mais cela n'aura pas lieu, car je sais aussi que ne pas extérioriser ses sentiments intimes leur donne la pureté et la force d'un diamant....


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  • La philosophie de l'esprit est un petit recueil de leçons qu'a données Léon Brunschvicg en Sorbonne en 1921 et 1922; il s'agit d' un travail préparatoire au grand oeuvre qu'est le Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale.

    J'en tire ces lignes admirables, extraites de la treizième leçon : La conversion à l'humanité

    « ce qui s'oppose avec Socrate à la force matérielle du passé social, c'est l'humanité idéale que portent en soi la découverte et le développement de la raison pratique, c'est une sorte de Médiateur tel que sera le Verbe selon Malebranche dans les Méditations chrétiennes, ou le Christ selon Spinoza dans le Tractatus theologico-politicus.

    Le Médiateur est présent chez Galilée devant le Saint Office, comme plus tard, devant la violence acharnée des critiques, chez Lavoisier ou chez Cauchy, chez Pasteur ou chez Einstein. C'est lui aussi qui est, devant les condamnations prononcées par les autorités sociales, présent chez le Pascal des Provinciales et chez le Voltaire de l'affaire Calas, chez le Rousseau de l'Emile et chez le Kant de la “Religion dans les limites de la simple raison”.

    Cette présence est ce qui rend heureux le modèle de justice que Platon a dépeint dans le second livre de la République:

    «il sera fouetté, torturé, mis aux fers, on lui brûlera les yeux; enfin, après lui avoir fait souffrir tous les maux, on le mettra en croix, et par là on lui fera sentir qu'il faut se préoccuper non d'être juste mais de le paraître»

    Or le juste parfait, quelle que soit sa destinée, du point de vue physique ou social, est heureux non en songeant à l'avenir, par l'espoir d'un temps où serait matériellement compensé et récompensé le sacrifice actuel, mais par une joie immédiate, intérieure et pleine qui ne laisse place à aucune idée de sacrifice, où il s'exalte au contraire dans le sentiment d'incarner la justice éternelle et universelle »

    j'ajouterai bien sûr tout de suite, ce que Brunschvicg ne pouvait pas dire de lui même,  que le plus parfait exemple de ce Médiateur ( qui est aussi le Logos endiathetos ou le Verbum ratio du Progrès de la conscience) est.... Brunschvicg lui même. Et la mise en croix n'a pas consisté dans son cas en une mise au ban sociale (puisqu'il était l'une des sommités, l'un des Mandarins de la philosophie française, au moins dans les années 30) mais dans la parfaite incompréhension, ignorance (et mise sous silence, ou presque,  depuis 1945 ) du sens de sa pensée...ceci pour ne pas parler des affreux malheurs qu'il a dû subir à la fin de sa vie lors de  l'invasion allemande de 1940 et après, malheurs qu'il a endurés avec le calme parfaitement stoïque qui signalent le Sage, et prouvent , vérifient, qu'il a réalisé, comme Spinoza, «non pas le meilleur système philosophique, mais la vraie philosophie».

    Brunschvicg appelle aussi quelque part cette "vraie philosophie" de Spinoza (qui est en fait , non pas la prétendue "philosophia perennis" de pseudo-philosophes  vrais mystiques, mais LA philosophie tout court, ou aussi LA religion tout court, seule propre à relier et unir les hommes au moyen de ce qui seul peut les réunir : la Raison, par opposition à l'instinct et au sentiment) : un christianisme de philosophes.

    Il est évident qu'il n'aurait pas pu dire "christianisme" tout court, concernant un juif de naissance qui s'il s'est volontairement laissé expulser de la "nation juive", n'a pas cherché la conversion, ou plutôt pseudo-conversion, à un autre culte, même si certains groupes protestants jouent un rôle dans son évolution spirituelle.

    Un christianisme de philosophes, cela pourrait tout aussi bien être appelé : un "Islam des philosophes et des savants", ou bien un "Islam des Lumières" (mais ayant fort peu à voir avec les montages et trucages de Bernard Henri Lévy, qui d'ailleurs a su se lier, pour la plus grande gloire de Mammon, avec Michel Houellebecq Mort de rire), ou encore un "Islam spirituel", mais ayant là aussi fort peu à voir avec les élucubrations d'Henry Corbin ou Christian Jambet inspirés, ou mieux enivrés, de Sohravardi et des "néo-platoniciens de Perse" (qui n'ont rien retenu de Platon).

    Oui, la religio philosophica, l'acheminement de l'âme vers le Dieu des philosophes et des savants, doit se garder, non seulement d'être édifiante, comme le notait Hegel, mais aussi et surtout de reprendre à son compte pour les régler les vieilles querelles entre chapelles qui ne sont que de vieilles lunes....même si elles menacent de faire succomber l'humanité dans une "guerre de religions" finale.

    L'Islam ou le christianisme des philosophes dont nous parlons et parlerons ici est un culte sans livres sacrés (et surtout pas la Bible ou le Coran, ces fatras de supercheries et de superstitions), sans promesses, sans prières et sans "communauté de vrais croyants" (oumma)...tant il est vrai que l'on n'est le vrai fidèle que par rapport à l'infidèle, celui qu'il faut exterminer, celui que "Dieu reconnaitra " une fois que les pieux croyants l'auront égorgé !

    la clarté dans la confusion, la confusion dans la clarté....tel était le programme que donnait à notre post-modernité chancelante Claude Lelouch en 1973, dans son film somptueux "L'aventure c'est l'aventure" (et dans lequel Lino Ventura et Jacques Brel, prémonitoires, nous annonçaient que "le capital c'est foutu" Horreur !).

    Nous nous accorderons bien volontiers avec lui sur ce programme....mais s'il restait encore un peu de confusion non clarifiée, cédons encore une fois la parole à Brunschvicg : le Maitre dissipera sans aucun doute mieux que nous tout malentendu :

    Dira-t-on
    que nous nous convertissons à l'évidence du vrai lorsque
    nous surmontons la violence de l'instinct, que nous refu-
    sons de centrer notre conception du monde et de Dieu
    sur l'intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d'une ambi-
    tion fallacieuse
    lorsque nous prétendons, vivants, échapper
    aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour
    respirer dans un monde
    sans Providence et sans prières,
    sans sacrements et sans promesses ?


    La clarté de l'alternative explique assez la résistance à
    laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée
    de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait
    pas acception des personnes, un
    Dieu qui n'intervient pas
    dans le cours du monde et en particulier dans les événe-
    ments de notre planète, dans le cours quotidien de nos
    affaires,
    « les hommes n'ont jamais songé à l'invoquer ».
    Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle
    de Dieu, il s'agît si peu du Dieu auquel pensent la plupart
    des hommes que, si, par miracle, et contre l'avis des
    philosophes. Dieu ainsi défini descendait dans le champ
    de l'expérience, personne ne le reconnaîtrait»


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  • "Il ne s'agit plus pour l'homme de se soustraire à la condition de l'homme. Le sentiment de notre éternité intime n'empêche pas l'individu de mourir, pas plus que l'intelligence du soleil astronomique n'empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s'installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l'instant du présent, qui permet d'intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l'expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l'avenir. Rien ici qui ne soit d'expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l'univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu'une personne dès que nous sommes capables de remonterà la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne".

    Ces lignes sont extraites de "Raison et religion" de Léon Brunschvicg, qui est, avec "De la vraie et de la fausse conversion", son ouvrage le plus important du point de vue de la conversion religieuse qui est celui de ce blog (par contre pour ce qui est de la philosophie stricto sensu, ce sont plutôt les Etapes de la philosophie mathématique, le Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale ou la thèse initiale "Modalité du jugement" qui doivent être privilégiés).

    Ces deux livres, et ce passage de quelques lignes qui en constitue l'un des moments cruciaux, prennent toute leur importance en cette période d'angoisse mortifère où l'humanité se demande où elle va....et surtout si elle va quelque part.

    oui, nous vivons bien cette incarnation du "dernier homme qui sautille en clignant de l'oeil" tel que le décrivait Nietzsche de façon prémonitoire à la fin du 19 ème siècle.

    Et la lecture de Nietzsche, comme celle d'autres "fracasseurs d'idoles", est absolument nécessaire comme préparation à la philosophie en tant que religion, en tant qu'acheminement de la conscience vers le Dieu des philosophes...tant il est vrai que "nous n'aurons pas tout détruit si nous ne démolissons même les ruines".

    Car, en fin de compte, quelle est la cause réelle de tout ce désordre où nous sommes presque noyés, de tout ce nihilisme , ce "convive le plus inquiétant" ?

    elle est d'ordre religieux !

    C'est parce que l'humanité n'a pas su, ni pu, ni d'ailleurs voulu, se libérer du culte des idoles vermoulues, comme l'y invitait Marx, Freud ou Nietzsche, et même à sa façon Husserl, qu'elle s'est enlisée dans un mixte inédit de naturalisme utilitariste et de sentimentalisme humanitaire...le tout bien sûr sous la surveillance, ou complicité, des métaphysiques de la transcendance.

    Redresser l'esprit, rendre au "roseau pensant" sa dignité d'être raisonnable, c'est refuser cet enlisement en réassumant la tâche infinie de l'autonomie de la conscience par la vérité de la science.

    Le Dieu des philosophes et des savants est inconciliable avec les anciens dieux parce que seul il respecte cette dignité de l'esprit, en ceci notamment qu'il ne promet aucun "post mortem" : l'éternité brunschvicgienne ou spinoziste est promise, mais surtout acquise dès "ici bas", là où les concepts de transformation ont un sens.

    il ne s'agit pas de réalisation illusoire dans un "coucouville des nuées" religieux, mais par une compréhension philosophique de ce qu'est le temps.


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  • Dans son mémorial du 23 Novembre 1654, Pascal oppose Dieu des philosophes et Dieu d'Abraham en ces termes:

    "L'an de grâce 1654,

    Lundi 23 novembre, jour de Saint Clément, pape et martyr, et autres au Martyrologue,

    Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,

    Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu'à environ minuit et demie.

    FEU

    Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob,

    non des philosophes et des savants.

    Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix. "

    (texte complet ici : http://www.bibleetnombres.online.fr/memorial.htm )

    Brunschvicg, lors d'une fameuse séance de la Société de philosophie en Mars 1928, intitulée "Querelle de l'athéisme", reprend l'opposition pascalienne mais d'une façon inversée pourrait on dire, voire symétrique, en affirmant l'impossibilité de toute synthèse, de toute conciliation entre le Dieu des philosophes et le Dieu d'Abraham.

    Le titre de "Querelle de l'athéisme" renvoie bien sûr à une autre "mésaventure", survenue au 19 ème siècle à Fichte avec des conséquences bien plus redoutables... autre temps autres moeurs ! et ceci évoque aussi les "péripéties" connues par Spinoza un peu plus d' un  siècle avant Fichte.

    mais, philosophiquement parlant, il importe avant tout de quitter le terrain de l'anecdote et d'essayer de caractériser un peu plus précisément "ce qui fâche", et ce qui apparemment fâche les tenants du Dieu des croyants, du Dieu d'Abaraham, qui est pourtant parait il le Dieu de miséricorde ?

    Fichte, dans l'ouvrage "Querelle de l'athéisme", accuse ses accusateurs en les vilipendant comme "idolâtres". Selon lui, toute conception de "Dieu" comme "substantiel", comme une entité distribuant des récompenses et des punitions sous forme de bien être ou de mal être, doit être écartée comme idolâtre.

    On est là bien proche de la pensée de Brunschvicg, qui dans "Raison et religion", commence son apporche en opposant "moi vital" et "moi spirituel". Ce livre "Raison et religion", l'un des plus importants sans doute pour la question religieuses, qui est centrale chez Brunschvicg tout comme pour nous ici même, est accessible online à l'adresse web suivante :

    http://www.archive.org/details/MN40150ucmf_7

    Le Dieu des philosophes est atteint au terme d'un "renversement de perspective" qui rappelle celui du cogito, ou bien celui de la révolution copernicienne:

    "le Discours de la méthode de Descartes marque dans l'histoire de l'esprit humain la ligne de partage des temps, il s'agit d'un traité de la seconde naissance, non plus du tout le rite de passage , la cérémonie d'initiation qui voue l'enfant à l'idole de la tribu, mais bien l'effort viril qui l'arrache au préjugé des représentations collectives, à la tyrannie des apparences immédiates, qui lui ouvre l'accès d'une vérité susceptible de se développer sous le double contrôle de la raison et de l'expérience"

    "ce renversement de perspectives, qui transporte du plan de l'institution au plan de la conscience l'idée même de la régénération et du salut, qui met en regard le Dieu de la tradition et le Dieu de la réflexion, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob comme dira Pascal et Dieu des Philosophes et des Savants, est préparé de loin dans l'histoire religieuse de l'Occident"

    ce "loin" renvoie à la prodigieuse histoire de l'esprit occidental telle qu'elle est fixée par Brunschvicg dans le "Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale" : il nous fait remonter loin efectivement, jusqu'à Xénophane de Colophon, auquel Karl Popper rend aussi hommage:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/X%C3%A9nophane_de_Colophon

    ce Xénophane étant le premier à combattre et renverser les "dieux tribaux à nom propre" (dont font partie le dieu de l'Islam et celui du judaïsme), ce qui n'est pas le cas d'Abraham contrairement à ce que prétendent les tenants du Dieu de Pascal, du Dieu des croyants, du Dieu d'Abraham justement.

    Voici l'hommage que lui rend Brunschvicg au premier chapitre de "L'esprit européen", série de conférences données en Sorbonne de Décembre 1939 à Mars 1940 (un des seuls livres qui semble t'il ne sera pas mis en ligne sur le site des "Classiques" : http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/brunschvicg_leon.html )

    "après Thalès de Milet, précurseur de la physique, après Pythagore de Samos émigré dans la Grande Grèce, c'est, avec Xénophane de Colophon, le premier nom de l'école éléatique, un troisième souffle qui, parti des rives d'Asie mineure, va contribuer à déterminer le sens dans lequel l'esprit européen devait s'engager... un aède original et profond qui rompt avec les moeurs de sa corporation, qui est le véritable héros d'une piété sincère. Grâce à lui, et dès la première leçon de ce cours, nous avons gravi le sommet d'où nous aperçevons la Terre promise de la spiritualité européenne"

    ces lignes sont le résultat d'un travail spirituel d'une précision inouïe,  ce qui est habituel chez Brunschvicg, mais prend ici une portée inusitée puisque le ton de ces conférences, prononcées pendant la "drôle de guerre", était d'une gravité singulière. Le "juif universaliste" Brunschvicg, face aux hitlériens démoniaques, y revendique en termes "mosaïques" (la "terre promise") la pleine spiritualité européenne, à l'exemple d'autres philosophes "juifs" comme Cassirer et Husserl. Et pour ces "juifs" qui vont jusqu'au bout de la "réalisation" du "programme juif", c'est à dire jusqu'à la rupture complète, c'est la Grèce antique de Xénophane, des physiciens Ioniens et de Platon qui est la source primordiale de la spiritualité européenne, et non pas  le judeo-islamo-christianisme : le premier  "casseur d'idoles" est Xénophane le philosophe historique, pas le mythique Abraham.


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