• Wendelin Werner est professeur de mathématiques à l'Université Paris-Sud (Orsay) et à l'Ecole Normale Supérieure. Il est titulaire de la médaille Fields 2006 et est membre de l'Académie des sciences.

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/18/monsieur-le-president-vous-ne-mesurez-peut-etre-pas-la-defiance-par-wendelin-werner_1157067_3232.html

     «Je ne pensais pas un jour me retrouver dans la situation qui est la mienne aujourd'hui, à savoir écrire une lettre ouverte au président de la République française : ce qui m'intéresse avant tout, et ce à quoi j'ai choisi de consacrer ma vie professionnelle, c'est de réfléchir à des structures mathématiques, d'en parler avec mes collègues en France et à l'étranger et d'enseigner à mes étudiants. J'ai eu le privilège de voir mes travaux aboutir et récompensés par un prix important. Cela me donne une certaine responsabilité vis-à-vis de ma communauté et me permet aussi d'être un peu plus écouté par les médias et le pouvoir politique.

    Comme le montre le sociologue allemand Max Weber dans son diptyque Le Savant et le Politique, auquel Barack Obama s'est d'ailleurs implicitement référé dans son discours d'investiture, nous devons partager une même éthique de la responsabilité. C'est au nom de celle-ci que je m'adresse aujourd'hui à vous.

    Vous ne mesurez peut-être pas la défiance quasi unanime à votre égard qui s'installe dans notre communauté scientifique. L'unique fois où nous avons pu échanger quelques mots, vous m'avez dit qu'il était important d'arriver à se parler franchement, au-delà des divergences, car cela fait avancer les choses. Permettez-moi donc de nouveau de m'exprimer, mais de manière publique cette fois.

    Je m'y sens aussi autorisé par l'extrait suivant du discours que vous aviez prononcé il y a un an lors de votre venue à Orsay pour célébrer le prix Nobel d'Albert Fert : "La tâche est complexe, et c'est pourquoi j'ai voulu m'entourer des plus grands chercheurs français, dont vous faites partie, pour voir comment on pouvait reconfigurer notre dispositif scientifique et lui rendre le pilotage le plus efficace possible. Je les consulterai régulièrement, ces grands chercheurs, et je veux entendre leurs avis." Je vous donne donc mon avis, sans crainte et en toute franchise.

    Votre discours du 22 janvier a, en l'espace de quelques minutes, réduit à néant la fragile confiance qui pouvait encore exister entre le milieu scientifique et le pouvoir politique. Il existait certes, déjà, une réaction hostile d'une partie importante de notre communauté aux différents projets mis en place par votre gouvernement et leur motivation idéologique. Mais c'est uniquement de votre discours et de ses conséquences dont je veux parler ici.

    Tous les collègues qui l'ont entendu, en direct ou sur Internet, qu'ils soient de droite ou de gauche, en France ou à l'étranger (voir la réaction de la revue Nature), sont unanimement catastrophés et choqués. De nombreuses personnes présentes à l'Elysée ce jour-là m'ont dit qu'elles avaient hésité à sortir ostensiblement de la salle, et les réactions indignées fleurissent depuis.

    Rappelons que vous vous êtes adressé à un public comprenant de nombreux scientifiques dans le cadre solennel du palais de l'Elysée. Je passerai sur le ton familier et la syntaxe approximative qui sont de nature anecdotique et ont été suffisamment commentés par ailleurs. Lorsque l'on me demande à quoi peut servir une éducation mathématique au lycée pour quelqu'un dont le métier ne nécessitera en fait aucune connaissance scientifique, l'une de mes réponses est que la science permet de former un bon citoyen : sa pratique apprend à discerner un raisonnement juste, motivé et construit d'un semblant de raisonnement fallacieux et erroné.

    La rigueur et le questionnement nécessaires, la détermination de la vérité scientifique sont utiles de manière plus large. Votre discours contient des contrevérités flagrantes, des généralisations abusives, des simplifications outrancières, des effets de rhétorique douteux, qui laissent perplexe tout scientifique. Vous parlez de l'importance de l'évaluation, mais la manière dont vous arrivez à vos conclusions est précisément le type de raisonnement hâtif et tendancieux contre lequel tout scientifique et évaluateur rigoureux se doit de lutter.

    Nous sommes, croyez-moi, très nombreux à ne pas en avoir cru nos oreilles. Vous, qui êtes un homme politique habile, et vos conseillers, qui connaissent bien le monde universitaire, deviez forcément prévoir les conséquences de votre discours. Je n'arrive pas à comprendre ce qui a bien pu motiver cette brutalité et ce mépris (pour reprendre les termes de Danièle Hervieu-Léger, la présidente du comité que vous avez mis en place ce jour-là), dont l'effet immédiat a été de crisper totalement la situation et de rendre impossible tout échange serein et constructif. De nombreux étudiants ou collègues de premier plan, écoeurés, m'ont informé durant ces quinze derniers jours de leur désir nouveau de partir à l'étranger. J'avoue que cela m'a aussi, un très court instant, traversé l'esprit en écoutant votre intervention sur Internet.

    Le peu de considération que vous semblez accorder aux valeurs du métier de scientifique, qui ne se réduisent pas à la caricature que vous en avez faite - compétition et appât du gain -, n'est pas fait pour inciter nos jeunes et brillants étudiants à s'engager dans cette voie. La ministre et vos conseillers nous assurent depuis plus d'un an que vous souhaitez authentiquement et sincèrement aider la recherche scientifique française. Mais vous n'y parviendrez pas en l'humiliant et en la touchant en son principe moteur : l'éthique scientifique.

    Comme vous l'expliquez vous-même, la recherche scientifique doit être une priorité pour un pays comme la France. En l'état actuel des choses, il ne semble plus possible à votre gouvernement de demander à la communauté scientifique de lui faire confiance.

    De nombreux collègues modérés et conciliants expriment maintenant leur crainte d'être instrumentalisés s'ils acceptent de participer à une discussion ou à une commission. Les cabinets de la ministre de la recherche et du premier ministre ont certainement conscience de l'impasse dans laquelle vous les avez conduits. J'ai essayé de réfléchir ces derniers jours à ce qui serait envisageable pour sauver ce qui peut encore l'être et sortir de l'enlisement actuel.

    Un début de solution pourrait être de vous séparer des conseillers qui vous ont aidé à écrire ce discours ainsi que de ceux qui ne vous ont pas alerté sur les conséquences de telles paroles. Ils sont aussi responsables de la situation de défiance massive dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, et que votre intervention du 22 janvier a cristallisée.

    Ils ont commis, à mon sens, une faute grave et c'est votre propre dogme que toute faute mérite évaluation et sanction appropriée. Cela permettrait à notre communauté de reprendre quelque espoir et de travailler à améliorer notre système dans un climat apaisé, de manière moins idéologique et plus transparente.

    Il est, pour moi, indispensable de recréer les conditions d'un véritable dialogue. L'organisation de la recherche et de l'enseignement supérieur est certes un chantier urgent mais, comme vous l'aviez noté il y a un an, il est d'une extrême complexité. Sa réforme demande de l'intelligence et de la sérénité. Il n'appartient qu'à vous de corriger le tir. »

    impossible de rien ajouter après cette lettre qui donne une illustration fidèle de la noblese de l'esprit ! c'est beau ! et ce n'est pas "mérité" par le "destinataire" ! mais peu importe ! la confiance est définitivement brisée entre le monde de l'esprit (pas seulement de la science) et celui du "pouvoir", ou même de l'économie, mais peu importe !

    seule compte la vérité, alliée à la beauté , c'est à dire ici à la simplicité des moyens  utilisés : on sent à l'oeuvre l'ascétique formelle des "mathématiques sévères"! et nous en avons là un exemple éternel !


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  • J'ai revu ce matin ce film magnifique, ce chef d'oeuvre...

    on reconnait les véritables chefs d'oeuvre universels à ceci qu'on y trouve de plus en plus de choses à chaque relecture, ou  à chaque nouvelle vision....

    Le commentaire à propos du film sur le site suivant :

    http://www.cineclubdecaen.com/realisat/bergman/septiemesceau.htm

    est assez sommaire mais place l'oeuvre dans sa juste perspective, qui est religieuse et gnostique...

    Le chevalier Antonius Block, magistralement interprété par Max Von Sydow (en 1957) est de retour de dix ans de Croisades avec son écuyer, Jöns (dix ans, c'est un chiffre mythique, une totalité de durée, un cycle, en somme c'est un peu comme Ulysse s'en retournant chez lui après 10 ans de siège contre Troie : mais il lui faudra errer encore 10 ans sur les mers).

    Tous deux ont donc compris, puisque ce sont deux nobles (de noblesse intérieure, la seule véritable) personnages, qu'il n 'y a pas de Terre sainte, pas de peuple élu ni de culte d'exception, et donc que les anciens récits (ceux de l'Ancien Testament) sont des impostures. Tel est le seul résultat des Croisades, et c'est déjà un résultat considérable, encore que négatif, dans la marche de l'humanité vers la vérité...

    Mais Antonius Block reste "chrétien"  par la foi (croit il) et par la "recherche de la connaissance" : il veut comprendre, connaître la fin mot de l'énigme de l'existence, et "voir Dieu face à face", selon ses propres termes , que je recopie ici :

    «Je suis pris de dégoût et d'épouvante. Mon mépris des hommes m'a rejeté de leur communauté. Je vis dans un monde fantôme prisonnier de mes rêves ...

    Est-ce si impossible de comprendre Dieu avec ses sens ? Pourquoi se cache-t-il derrière des promesses à demi articulées et des miracles invisibles ? Qu'advient-il de nous si nous voulons croire mais nous ne le pouvons pas ? Pourquoi ne puis-je pas tuer Dieu en moi ? Pourquoi continue-t-il de vivre de façon douloureuse et avilissante ? Je veux le chasser de mon cœur. Je veux savoir, pas croire. Pas supposer mais savoir. Je veux que Dieu me tende la main, qu'Il me dévoile son visage et qu'Il me parle.....

     Des ténèbres, je crie vers lui mais il n'y a personne

    Alors la vie est une crainte insensée. On ne peut vivre face à la mort et au néant de tout.

    ma vie durant j'ai cherché, erré, discouru. Tout était dénué de sens, ça n'a rimé à rien, je le dis sans amertume ni contrition parce que je sais qu'il en est de même pour tous. Je veux utiliser ce délai a quelque chose qui ait un sens »

    ce "délai" dont il parle, c'est la Mort qui le lui a consenti : elle est venue le prendre, mais il lui propose une partie d'échecs, et tant q'eulle ne l'aura pas vaincu, il continuera à vivre...

    mais la Mort est une habile tacticienne , on le sait !

    et finalement elle gagnera, et viendra le prendre, lui, son écuyer et quelques compagnons, dans sa demeure où il aura finalement retrouvé son épouse vieillie qui l'attendait pour mourir avec lui....

    ses derniers mots seront :

    "je suis si las"

    et, lorsque la Mort se présentera au château pour les emporter tous dans une danse macabre vers la région des ombres, il ne trouvera comme ressource que de prier Dieu (le faux Dieu, l'Idole des religions dites monothéistes, celui qui se soucierait de nous individuellement et que l'on pourrait "voir en face à face après la mort ", selon les fausses promesses de l'imposteur Saint Paul) d'avoir pitié d'eux...

    par contre son écuyer Jöns, qui représente le scepticisme athée et nihiliste, tirera la conclusion juste à sa place : "tu n'as pas trouvé la connaissance" (sous entendu : car il n'y a pas de connnaissance, pas de Dieu, rien que le néant"

    et rendra les armes face à la Mort de façon virile et courageuse : sans prier, et sans demander pitié !

    D'ailleurs, au cours de leur dernier  entretien, à la fin de la partie d'échecs, la Mort lui aura dit la seule "vérité" qu'elle puisse dire : "je ne sais rien....je ne peux pas répondre à ta quête de sens et de vérité".

    Ce qui est la vérité même, de laquelle Spinoza tirait la conclusion pratique pour ceux qui se soucient de connaissance: il ne faut penser à rien moins qu'à la mort...

    "la mort, ce peu profond ruisseau calomnié"....

    Oui, Jöns incarne le scepticisme, mais il est facile de lui répondre : car dire "il n'y a que le néant" est une phrase auto-réfutante!

    c'est dire : "Il y a ceci qu'il n'y a rien !"

    s'il y a le néant, c'est qu'il y a quelque chose, donc le néant est une notion contradictoire !

    ce qu'avait déjà trouvé Parménide  à l'aube de l'odyssée de la sagesse occidentale : l'Etre est, le Néant n'est pas.

    Mais l'Etre en tant qu' Etre ne répond pas à notre aspiration profonde, qui est en effet de comprendre, et de savoir...non pas croire mais savoir ! telle est l'irréductible "identité" de l'Occident qui a été chrétien !

    L'action se passe au Moyen age, quelques siècles avant que la Vérité, c'est à dire le Dieu des philosophes,  ne fasse irruption sur la scène de la conscience occidentale chez Descartes, puis Spinoza.

    mais sans Descartes, pas de Spinoza...et sans Montaigne pas de Descartes...

    je ne peux trouver meilleure illustration philosophique que de faire correspondre à l'écuyer sceptique, courageux et érudit Jöns : Montaigne !

     et la tragédie d'Antonius Block est qu'il ne peut être associé, même en rêve, à Descartes : et pourtant sa soif de connaissance réclamerait rien moins que Descartes pour trouver satisfaction !

    Car la tragédie de ces hommes valeureux du Moyen age est qu'ils ne trouvaient, pour répondre à leur soif de spiritualité, c'est à dire de savoir et de connaissance, que la fausse sagesse scolastique, celle que Descartes a renversée, ou que la croyance et la foi.

    Or jamais la foi ne pourra répondre à l'angoisse fondamentale de l'homme : car soit la foi est "vérifiée" (pendant la vie, ça vaut toujours mieux !) et alors elle devient connaissance , raison et science, soit elle ne l'est pas et alors elle laisse toujours transparaître l'angoisse : et si tout cela (l'au delà, le jugement dernier, le paradis, l'enfer, la résurrection)  n'était que des contes de nourrice ?

    La première perspective de la sagesse occidentale, c'est bien Montaigne, cet homme , cet écrivain, cet érudit, et ce penseur admirable.

    Mais, comme le dit fort justement Brunschvicg :

    "depuis Descartes on ne peut plus dire que la vérité d'Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives"

    Cette critique, héritée de Montaigne, Descartes en a tiré les leçons :

    "sortir de la sujétion des précepteurs, s'abstenir de lire des livres (inutiles) ou de fréquenter des gens de lettres, rouler ça et là dans le monde, spectateur plutôt qu'acteur de toutes les comédies qui s'y jouent"

    ou encore : " regardant d'un oeil de philosophe les diverses actions et entreprises de tous les hommes, il n'y en a quasi aucune qui ne me semble vaine  et inutile"

    mais ce ne seront encore que les conditions d'une ascétique formelle.... absolument nécessaire certes, mais vaine, elle aussi, si elle ne mène pas à son dépassement vers le savoir véritable.

    Car dit Brunschvicg :

    "A quoi bon avoir conquis la liberté de l'esprit, si l'on n'a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit, ou dira Pascal, un ignorant; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu'un intérêt de curiosité....

    l'homme intérieur demeure pour lui l'individu, réduit à l'alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l'âge fait de plus en plus mélancolique, sur «la petite histoire de son âme».

    Or, quand Descartes raconte à son tour «l'histoire de son esprit» (dans le Discours de la méthode) une tout autre perspective apparaît :

    la destinée spirituelle de l'humanité s'engage, par la découverte d'une méthode d'intelligence"

    On ne peut mieux dire, mieux expliquer l'impuissance ressentie et réelle d'Antonius Block et de son écuyer, comme de tous les sceptiques ou tous les hommes de foi sincère nés avant la science, et avant la vraie philosophie, qui est celle de Descartes et Spinoza, qui vient ranimer le spiritualisme pur de l'idée que Platon avait pressenti.

    Au fond, Antonius Block, le chevalier, est dans un "entre-deux" misérable : il ne peut accepter le scepticisme qui est celui de son écuyer, celui qui chante que l'on n'est bien "qu'entre les cuisses d'une putain"

    mais il n'a plus la foi du charbonnier, celle du roc inébranlable, sinon, il accepterait dès le début que la Mort le prenne, puisque son heure est venue, et que c'est Dieu qui le veut (qui d'autre ? rappelons nous : "il n'est pas un cheveu qui ne tombe de ma tête si ce n'est la volonté de mon Père") ; et il ne proposerait pas à la Mort une partie d'échec dans le seul but d'obtenir un court délai...

    un délai pour quoi d'ailleurs ? selon la Foi, Dieu sauve qui il veut, et damne les autres...tout est joué ! "tout est consommé", comme l'admet la sourde muette qui figure parmi les compagnons du chevalier, face à la mort, à la fin, parlant pour la première fois...

    mais Antonius ne cherche pas le salut de la foi (c'est à dire de la superstition, de ceux qui croient à un au delà de la tombe), mais celui de la connaissance, ici et maintenant : il est philosophe dans un monde où la philosophie s'est perdue, recouverte et presqu'éteinte sous l'entassement des mythes orientaux.

    Jusqu'à son réveil par Descartes...

    alors ce délai, n'a t'il aucune signification ?

    Si ! car Block ne trouve pas la connaissance, et mourra en homme de prière, pas en homme de savoir... mais il sera, pendant ces quelques jours de délai, aux côtés de la jeune sorcière que les moines et soldats brûlent vive sur le bûcher... il assistera cette pauvre femme, qui ne comprend rien elle non plus, et croit à l'existence réelle du Diable, qui pense t'elle va la scourir, lui éviter de souffrir...mais c'est Block qui donnera à cette malheureuse les herbes qui endormiront sa sensibilité et lui épargneront les horribles tourments du bûcher....et il lui demandera , avant qu'elle ne meure, s'il y a moyen de rencontrer le dialbe, car il voudrait que celui ci le renseigne à propos de Dieu !

    telles étaient les croyances de ces hommes et des ces femmes, avant que la lumière de la Vérité n'illumine la terre bénie d'Europe, au 16 ème-17 ème siècle...

    mais soulager les derniers instants d'une pauvre femme effrayée, impuissante face aux immondes fanatiques qui la brûilent vive, effrayés eux aussi par l'épidémie de peste qui emporte tout le monde, ce n'est pas rien !

    ving ans plus tard,en 1977,  Bergman tournera "L'oeuf du serpent", qui se passe à Berlin en 1923, un film où la peur et la terreur suinte de tous les plans, toutes les images...

    la peste bubonique du Moyen age, la peste brune des années 20 en Allemagne.... la peur... l' impuissance... le manque total de perspective sur l'avenir...

    n'est ce pas là où encore une fois nous en sommes, nous les hommes et les femmes de 2009 ?

     

    Je ne saurais trouver meilleure conclusion que la fameuse gravure de Dürer : "Le chevalier, la mort et le diable"

    Le Chevalier, la Mort et le Diable - Albrecht DÜRER (1471-1528)

     


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  • On peut ouvrir au hasard n'importe quel livre de Brunschvicg, on trouvera toujours quelque chose de neuf, qui nous "sauvera" en quelque sorte de notre enlisement dans la nullité moderne, ou plutôt post-moderne, et nous apprendra quelque chose d'important sur l'existence et donc sur nous mêmes.

    J'ai trouvé ceci, dans l'avertissement (datant de 1904) de la seconde édition du livre : "Introduction à la vie de l'esprit", et qui illumine le difficile problème de la différence entre vie consciente et vie spirituelle. Je précise aussi que l'expression "moi spirituel" que j'ai utilisée consciemment dans le titre se trouve souvent dans la littérature de type théosophique ou anthroposophique, bref, et plus largement : occultiste.

    C'est voulu ; tout n'est pas à jeter dans l'anthroposophie, il faut simplement faire un effort de discrimination entre le bon grain (philosophique, celui que l'on trouve par exemple dans "La philosophie de la liberté" de Steiner) et l'ivraie occultiste et "ésotérique" (celle des "corps supérieurs" par exemple : corps astral, mental, causal, bouddhique, atmique, etc...et autres balivernes); je n'hésite pas à le dire : il faut sauver les soldats Ryan innombrables perdus dans ces marais et ces sables mouvants occultistes , création de ceux qui ont renoncé à l'effort de démonstration et de rationalité et ont inventé de toutes pièces des "facultés supérieures à la raison", facultés jaillissant on ne sait trop comment (et pour cause ! elles n'existent pas !) de "méditations" patiemment pratiquées pendant des années (très nombreuses, forcément Mort de rire) ... malgrès mon éducation scientifique (ou peut être à cause d'elle ? Clin d'oeil) j'ai été l'un de ces soldats perdus dans les sables mouvants de la kabbale, du soufisme, de l'anthroposophie ou du Zen, pendant de trop nombresues années, jusqu'à ce que je sois redressé, relevé, et sauvé, il y a une quinzaine d'années, par la lecture de Brunschvicg et de Badiou. Et si je me suis éloigné aujourd'hui de la doctrine de Badiou, je lui resterai éternellement reconnaissant, car sans lui, et sans Brunschvicg, je serais encore assis à méditer sur mon coussin ou à me prosterner sur mon tapis de pière, ou à participer à je ne sais quels stages de tantrisme, de zen ou d'anthroposophie (quoique le tantrisme, ça puisse avoir du bon, si l'enseignante est jolie Mort de rire).

    D'ailleurs l'explication par Brunschvicg (en 1904, année où Steiner avait déjà dérapé dans la théosophie )  de la nature de ses intentions dans "Introduction à la vie de l'esprit" révèle cela de manière bien plus limpide (on notera les mots "science de l'esprit", qui sont aussi ceux employés par Steiner pour caractériser l'anthroposophie, mais il n'y a sans doute aucun lien conscient : Brunschvicg ne perdait pas son temps avec ce qu'il appelait "les bas-fonds de l'occulte"):

    "S'agit il d'une étude préliminaire à la constitution d'une science de l'esprit, ou d'une initiation à une vie supérieure que le commun des mortels ne soupçonnerait pas ? ni l'un ni l'autre répondrions nous. Nous n'avons eu ni la prétention d'enseigner ni celle de révéler"

    tout est dit en quelques mots : initiation et révélation , propres aux fadaises occultistes , ésotériques ou mystiques, sont définitvement écartées.

    Et pourtant il y a bien "initiation", d'une certaine façon, puisque la "philosophie véritable" (celle de Brunschvicg et quelques autres) doit élever la conscience au dessus du règne du sens commun , des croyances et préjugés collectifs, pour la mener vers la "seconde naissance" le sanctuaire intime de la pensée progressant indéfiniment vers "Dieu". Mais cette "initiation" n'a rien à voir avec les impostures religieuses ou occultes : elle est entièrement du côté des idées claires, et ne sépare aucunement ceux qui en sont bénéficiaires du reste de l'humanité; au contraire elle fait tomber toute séparativité (illusoire, puisque dûe aux religions tribales). Voici trois traités de cette "initiation" à la philosophie et à la raison , la seule véritable  : le Traité de la réforme de l'entendement de Spinoza, le Discours de la méthode de Descartes, et l'Introduction à la vie de l'esprit de Brunschvicg...ici la philosophie nous fait la courte échelle pour nous procurer une voie d'accès facile et sûre jusqu'à elle...et nous devons avoir un sentiment de gratitude infinie envers elle, ainsi qu'envers ses trois fidèles serviteurs que je viens de nommer...

    C'est ce que précise Brunschvicg d'ailleurs, à propos de ses intentions :

    "il nous a seulement semblé qu'il était utile d'avertir, de signaler l'existence des problèmes, d'indiquer où l'homme en trouverait directement la solution : dans le progrès continu de l'activité qui le constitue comme être pensant"

    Mais ici se lève une difficulté : si la vie spirituelle et religieuse n'est aucunement située au delà de la compréhension et de la raison humaine, dans un mystérieux monde intelligible ou "supérieur" , y a t'il besoin d'un livre à son propos ?

    oui car la vie spirituelle passe généralement inaperçue (c'est pour cela que si nombreux sont ceux qui la cherchent là où elle n'est pas et ne peut être, dans l'imagination de mystères supra-rationnels), justement parce qu'elle est en quelque sorte "trop proche", et trop évidente, exactement comme la lettre volée dans le récit d'Edgar Allan Poe, qui était cachée et introuvable justement parce qu'elle avait été mise là où personne n'aurait l'idée de la chercher : bien en évidence !

    puisque la vie spirituelle se trouve dans l'immanence radicale ! ("dans le coeur" disent les maitres ésotériques, mais l'expression est dangereuse car ambigüe)..

    et c'est ici que Brunschvicg donne sa petite "expérience de pensée", qui éclaire et illumine le problème de la nécessaire discrimination entre "psychologique" et "spirituel" (un problème qu'un imposteur comme René Guénon contribue à rendre insoluble en le dissimulant sous le rideau de fumée d'une "Tradition" imaginaire):

    "Des enfants sont réunis; on apporte la tarte à partager entre eux ; chacun songe immédiatement à la part qu'il aura et 'sil est oublié, il ne manquera point de s'en apercevoir.

    qu'on demande à l'un d'eux de faire le compte des assistants, il arrivera le plus souvent qu'il se trompera d'une unité : il n'aura point pensé à se compter lui même, et il faudra presque toujours qu'il soit averti de ne point s'oublier.

    D'où vient cette différence remarquable ? sinon que l'enfant a pris deux attitudes différentes : là il est un objet qui doit être compté; ici au contraire il est le sujet qui compte.

    Dans la première attitude , étant un individu parmi d'autres individus, il a naturellement le sentiment de son moi. Dans la seconde attitude , étant un esprit concevant le milieu auquel ce moi se rapporte, il peut paraître ne plus exister à ses propres yeux, de même qu'au théâtre il nous arrive d'oublier où nous sommes...

    en d'autres termes, dans l'état où est l'évolution de notre espèce, nous prenons spontanément conscience de notre vie individuelle; mais la conscience de notre vie spirituelle requiert un effort nouveau de réflexion"

    Il me semble qu'il n'y a plus rien à ajouter, tant cette petite "expérience" parle d'elle même....

    mais je voudrais juste souligner les implications politiques de ces idées, cruciales par les temps qui courent...

    les "libéraux" de droite ont raison de faire reproche à la "gauche" de berner les gens , en leur faisant crorie que le "partage des richesses" serait la solution au problème de la pauvreté....

    la gauche voudrait partager un gâteau supposé "fixe", que ce "gâteau" soit la "richesse collective", ou bien le "temps de travail"; la droite affirme qu'il faut d'abord augmenter le volume du gâteau, et qu'ainsi tout le monde aura une part plus grande.

    Mais la droite oublie simplement que le volume n'est pas extensible à l'infini, à cause des contraintes de l'environnement...

    et surtout, plus profondément : les deux adversaires (qui n'en sont pas vraiment, partageant les mêmes présupposés matérialistes) enferment l'humanité dans l'idée que le sens de l'existence c'est de manger un gâteau !

    (je n'ai rien contre les gâteaux ni contre les menus plaisirs de la vie, à condition de les maintenir à leur place)..

    or, suggérer que "tout est du gâteau", c'est nier, et rendre impossible l'accès à la vie spirituelle !

    c'est enfermer l'humanité dans le désespoir et le nihilisme, en lui rendant impossible l'ascension vers la pensée pure qui est le Dieu des philosophes et des savants !

    là saute aux yeux le caractère démoniaque du sarkozysme, comme d'ailleurs du faux socialisme et du faux communisme contemporains !

    et Sarkozy peut bien après aller se faire photographier à la messe autant qu'il voudra, ou proclamer que la religion possède une fonction essentielle de "donner du sens"  dans une société de plus en plus désespérante et destructrice de tout ce qui est humain (à qui la faute ?), il ne fait lui aussi que dissimuler ses actions véritables , qui sont de nature criminelle, derrière un rideau de fumée pseudo-religieux.

    Car la religion dont il parle, qu'elle se nomme catholique, musulmane ou juive, c'est l'idolâtrie... qui a mené jusqu'à nous, à notre enfermement planétaire et mondialisé dans le nihilisme païen (se prétendant monothéiste) ou athée.


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  •  Objet: Recrutement par substitution
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    >  Derrière la réforme des concours de l'enseignement (la masterisation) surgit, comme vous le savez, un problème extrêmement grave, qui lui est intimement lié, et que nous ne faisons qu'effleurer en considérant la situation des "reçus-collés" : toutes les "réformes" en cours visent de fait la disparition des titulaires bien formés, à tous les étages, de la maternelle à l'université.
    >
    >  Vous trouverez confirmation de cette politique parfaitement assumée, sur le site du rectorat de Versailles, site qui avoue ouvertement recruter "toute l'année" des "enseignants non titulaires" dans toutes nos disciplines, au moment même où le nombre de postes au concours fond dramatiquement, et où l'on supprime des postes de titulaires, au prétexte qu'il y aurait trop d'enseignants en France (13500 cette année, etc.): http://www.ac-versailles.fr/rh/nontitulaires.htm
    >
    > Divers collègues de Nanterre ont été contactés le mois dernier par les "ressources humaines" du rectorat pour inciter leurs étudiants "bac + 3" à postuler, "en urgence". Je viens d'apprendre que la même chose a eu lieu dans l'Académie d'Orléans. Oseront-ils bientôt nous proposer des "primes" pour cela aussi, afin de nous faire passer du statut de juré de concours à celui de sergent recruteur ?
    >
    >  - Pour devenir prof de collège, aujourd'hui, il suffit donc d'être "étudiant bac +3". Il est simplement demandé d'avoir un casier judiciaire vierge. Il y a plus de postes que de candidats.
    >
    >  - Le salaire est de 34,5 euros bruts par heure de cours effective devant les élèves (soit environ 8 euros bruts de l'heure "réelle", si l'on considère que l'étudiant-enseignant doit quand même préparer son cours, corriger ses copies, recevoir les parents, etc.). A charge pour les collègues, bénévolement et en plus de leurs charges toujours accrues, de l'encadrer comme ils pourront. Mais prof, au fond, est-ce vraiment un métier ?...
    >
    >  Il s'agit donc bien de remplacer des enseignants formés, par des "étudiants-enseignants" appelés à faire un petit boulot pour payer leurs études. Quid de l'engagement, du professionnalisme, de l'expérience, de l'investissement personnel, etc. ?
    >
    >  En affaiblissant ainsi le service public sous couvert de "bonne gestion", en mettant devant des élèves des enseignants de plus en plus nombreux sans formation, sans motivation, et sans avenir, le gouvernement a l'ambition de favoriser une migration encore plus rapide des élèves vers les établissements privés. Parallèlement, l'Etat pourra se désengager d'écoles de plus en plus "autonomes", dans lesquelles il n'y aura de toute façon que des enfants de pauvres - autant dire personne. Il sera bientôt possible de laisser pourrir, encore plus (si la chose est possible), les écoles ghettos, tandis que prospèreront les officines privées et autres institutions respectables - mais payantes...
    >
    >  Avec un salaire d'enseignant titulaire en fin de carrière, on peut recruter deux gardiens de prison : opération blanche.
    >
    >  L'opinion doit être informée du carnage qui est en marche. Rapidement.
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  • Lettre à Xavier Darcos, Citoyen, futur ancien Ministre de la République
    Le 13 février 2009
    (merci de diffuser le plus largement possible autour de vous)

    Pour co-signer cette lettre à Xavier Darcos avec les premiers signataires, rendez-vous ici

    Monsieur,

    Le 12 février, sur la radio RMC, vous avez déclaré ceci :

    Il n¹y a « aucune raison aujourd¹hui objectivement [de repousser la réforme de la formation et du recrutement des enseignants à 2011, comme le demande le bureau de la Conférence des Présidents d¹Universités]. D¹ailleurs, on me dit "les universités ne voudront pas préparer les étudiants à cela" ; vous savez, moi je recrute 14 000 personnes ; on va les trouver les gens pour passer nos concours. Et aujourd¹hui, un professeur sur deux qui est recruté par moi , n¹est déjà pas passé par des systèmes de formation des maîtres. Il a tout simplement une licence ou une maîtrise, et il se présente à nos concours et il les a. Donc moi je n¹ai pas absolument besoin d¹entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. Je suis recruteur . Je définis les concours dont j¹ai besoin . Je garantis la formation professionnelle des personnels que je recruterai . Après, chacun nous suit, ou pas. »

    Ces propos sont inadmissibles.

    Votre indifférence proclamée envers les demandes formulées par le bureau de la Conférence des Présidents des Universités, par la Coordination Nationale des Universités, par des conseils d¹administration, des étudiants, des enseignants et des enseignants-chercheurs, des associations d¹universitaires, des syndicats, des parents d¹élèves est inadmissible. 

    Le cynisme avec lequel vous avouez ouvertement que peu vous importe qu¹il y ait ou non au sein du service public des préparations aux concours de recrutement des enseignants du service public est inadmissible. 

    Cette porte grande ouverte aux préparations par des organismes privés à ces mêmes concours est inadmissible.

    Surtout, il est inadmissible que vous prétendiez être le recruteur, inadmissible que vous asséniez neuf fois en quelques phrases l¹idée que c¹est vous qui recrutez, vous qui définissez, vous qui avez besoin, et que ces concours sont les vôtres.

    Monsieur, ces propos sont ceux d¹un chef d¹entreprise. Il relève d¹une logique qui est celle du privé. Mais vous n¹êtes pas chef d¹entreprise, l¹école n¹est pas une société par actions dont vous seriez le président-directeur général. Vous êtes vous-même au service du recruteur et de l¹employeur, qui ne coïncide pas avec votre personne, aussi remarquable puisse-t-elle être : le recruteur et l¹employeur, c¹est l¹Éducation Nationale, c¹est l¹école de la République, c¹est l¹école de tous les citoyens, de tous les contribuables, de tous les électeurs, de tous les parents d¹élèves, de tous les habitants de ce pays. Vous n¹êtes pas doté des pleins pouvoirs. Vous êtes au service des citoyens de ce pays, vous êtes au service de la France. 

    Monsieur, ces propos vous disqualifient et vous déshonorent. Ils revèlent une confiscation de la res publica, de la chose publique, par un individu. Ils révèlent que vous vous considérez comme le dépositaire unique de la légitimité, dans un domaine qui relève de la volonté populaire. Ils révèlent que vous confondez votre position actuelle de Ministre avec un pouvoir que personne n¹a le droit de vous contester, un pouvoir absolu. Vos propos rappellent, Monsieur, le basculement de la démocratie vers une personnalisation tyrannique du pouvoir dont l¹histoire a donné maints exemples. Ils sont inacceptables pour tout républicain authentique, de Jules Ferry au Général de Gaulle. 

    Vous ne teniez votre légitimité de Ministre, Monsieur, que de l¹expression de la volonté populaire. La volonté populaire ne vous a pas donné mandat de détruire au nom de la république un système fondé sur les valeurs de la république

    Nous vous accusons, Monsieur, d¹indignité républicaine. L¹école n¹est pas votre propriété. Par vos propos, vous vous êtes montré inapte à assumer vos responsabilités républicaines et le mandat qui vous a été confié par le peuple français. Vous avez révélé que vous méprisiez et ne compreniez pas l¹essence même de votre fonction de Ministre.

    En tant que citoyens, électeurs, contribuables, parents d¹élèves, habitants de ce pays, nous ne reconnaissons plus la légitimité morale et républicaine de la position que vous occupez.

    Nous exigeons votre démission.

    Pour co-signer cette lettre à Xavier Darcos avec les premiers signataires, rendez-vous ici


    Plus sérieux dans la forme : 


    Déclaration commune Conférence des Présidents d'Université et Conférence des Directeurs d'IUFM - Réaction aux propos mal informés de Xavier Darcos sur RMC, le 12 février 2009 (13 février 2009)



    La CPU et la CDIUFM dénoncent les contre-vérités des déclarations du Ministre de l¹éducation nationale et le caractère méprisant de ses propos, tout en rappelant leur attachement commun à une formation des maîtres de qualité sanctionnée par un diplôme de master.

    Les présidents d¹université et les directeurs d¹IUFM considèrent que les propos du Ministre insultent tous les personnels aujourd¹hui engagés dans une formation des maîtres qui répond à un cahier des charges national et qui est évaluée par une commission nationale présidée par un recteur.

    Cette formation fait alterner des activités de formation et d¹enseignement avec : un stage en responsabilité dans un des cycles de l¹école primaire d¹une durée de trente jours, à raison d¹un jour par semaine et deux stages en responsabilité de trois semaines chacun dans les autres cycles de l¹école primaire, pour les professeurs des écoles ; un stage en responsabilité représentant de 6 à 8 heures par semaine en collège ou en lycée pour les enseignants du second degré.

    Il est donc totalement mensonger de prétendre que « temps à autre, ils vont remplacer un professeur absent » et de comparer cette formation à une vulgaire simulation de vol. Les présidents d¹université et les directeurs d¹IUFM rappellent que le ministère de l¹éducation nationale n¹a pas apporté toutes les réponses qu¹il s¹était engagé en septembre à fournir très rapidement, que les maquettes des concours n¹ont été connues qu¹en décembre et les premières modalités de stage à la mi-janvier.

    Ces délais tardifs et ces imprécisions ont largement contribué à empêcher un travail serein sur les programmes de masters.

    Présidents d¹université et directeurs d¹IUFM réaffirment ensemble leur attachement de fond à une formation des enseignants universitaire et professionnalisée et ne considèrent pas qu¹une réflexion collective et approfondie sur la formation des maîtres du 21ème siècle relève d¹une « discussion sibylline ».


    DARCOS : PROPOS «INSULTANTS» ET «INDIGNES» SELON LES SYNDICATS 
    13
    févr. 
    2009


    Les déclarations de Xavier Darcos hier soulèvent une vague d'indignations. Le ministre de l¹Education Nationale a peut être réussi le même exploit que Nicolas Sarkozy dans son discours du 22 janvier : mettre le feu à la poudrière.
    Le ministre s'exprimait sur la «mastérisation», c'est à dire la transformation des concours de recrutement des enseignants qui provoque une veritable crise. La plupart des Conseils d¹Université concernés ont voté le refus d¹envoyer au ministère de Valérie Pécresse les «maquettes», le descriptif des nouveaux cursus de préparation des concours.
    En ce moment même se tient une manifestation de «non remise» de ces maquettes devant le ministère. La CPU elle même, la Conférence des Présidents d'Université, jusqu'alors plutôt encline a suivre le gouvernement, vient de demander le report d'un an de cette réforme afin de la retravailler.
    C'est dans cette ambiance explosive que Xavier Darcos a cru bon d'en rajouter par des déclarations incendiaires. «Aujourd'hui (...) les professeurs passent un concours, ils sont mis dans l'Institut de formation des maîtres, où on leur apprend des théories générales sur l'éducation et de temps à autre, ils vont remplacer un professeur absent. C'est pas comme ça qu'on forme des gens. Autrement dit, ils sont sans arrêt devant un simulateur de vol. Alors que dans le système que je propose, ils ne seront pas dans un simulateur de vol».
    Quant au refus des Universités d'envoyer les maquettes, il s¹est fait méprisant : «Moi, je n'ai pas absolument besoin d'entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours (les universités, ndlr). Je suis recruteur. Je définis les concours dont j'ai besoin.» Menaçant même les Universités de se passer d'elles pour la préparation à ces concours, ce qui semble pour le moins étrange.
    Pour le Snesup, ces propos sont «indignes d'un ministre de la République car ils traduisent une grave
    méconnaissance de la réalité au sein du monde éducatif». Concernant les maquettes de masters en préparation, les propos du ministre sont «un affront au travail fait dans des conditions de précipitation que vous tentez d'imposer. Vos propos affichent un mépris pour les universitaires sans précédent dans l'histoire récente de notre République. Cet anti intellectualisme rappelle les pires heures de l'histoire de France.»
    Le Sgen-CFDT a lui aussi fustigé les propos tenus par Xavier Darcos estimant qu'ils étaient «insultants», «stupéfiants» et «scandaleux». «Non, les professeurs stagiaires ne se contentent pas de remplacer de temps à autre un professeur absent. M. Darcos le sait, les professeurs stagiaires en collèges et lycées sont devant des élèves en toute responsabilité, huit heures par semaine les instituteurs stagiaires le sont un jour par semaine pendant trente semaines et six semaines complètes par an». Le ministre sait bien «qu¹en lieu et place de théories générales de l¹éducation, ils doivent se confronter à la rude réalité d¹un métier de plus en plus difficile, avec l¹appui de leurs tuteurs». Selon lui, c'est au contraire la réforme proposée à partir de 2010 par M. Darcos «qui peut conduire à un simulateur de vol pendant la formation en master parce qu¹il ne veut pas financer une vraie formation en alternance», et que donc «la première année de pratique professionnelle (...) sera pour de nombreux débutants une épreuve insurmontable et traumatisante». «C'est le gouvernement lui-même qui est en train d¹inventer ce dont il impute la responsabilité aux instituts universitaires de formation des maîtres.» 


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