Il est malaisé de décider si l'armée des vivants peut avoir l'espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée Bergson, de "culbuter la mort"; mais, puisque le salut est en nous, n'est il pas assuré que l'armée des esprits débouche dans l'éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d'éternité sa stricte signification d'immanence radicale ?
... il ne s'agit plus pour l'homme de se soustraire à la condition de l'homme. Le sentiment de notre éternité intime n'empêche pas l'individu de mourir, pas plus que l'intelligence du soleil astronomique n'empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s'installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l'instant du présent, qui permet d'intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l'expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l'avenir. Rien ici qui ne soit d'expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l'univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu'une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne....
ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l'homme lui-même, le progrès de notre réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l'intelligence et l'amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l'atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l'image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l'effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l'humanité de l'idée qu'elle s'est formée d'elle-même.
Si les religions sont nées de l'homme, c'est à chaque instant qu'il lui faut échanger le Dieu de l'homo faber, le Dieu forgé par l'intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l'homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d'aimer, qui menace d'en restreindre l'espérance et d'en limiter l'horizon.
Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l'égoïsme inhérent à l'instinct naturel, que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d'humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu'à enrichir le trésor commun !»
«Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n'est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n'est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l'Évangile, il faut aller jusqu'à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n'a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.
Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour, l'unique vérité dont Dieu ait à nous instruire.»
Léon Brunschvicg
"Si Goethe n'atteint pas l'intellection des rapports purifiés d'images, c'est qu'il est poète avant tout et que le poète ne peut s'évader du monde des images qui est le royaume de l'enfance humaine. Religion, art, poésie sont les premiers modes de la pensée s'évadant de l'animalité. La science est le stade le plus tardif dans la chronologie des civilisations; c'est un stade que toutes n'atteignent pas, et auquel l'art et la religion s'opposent le plus souvent parce que la sensibilité fixée aux images rejoint difficilement la pure sensibilité intellectuelle attachée aux rapports sans représentation sensible. Cette conversion de la sensibilité est une des étapes qu'il faut franchir pour convertir la conscience sensible en conscience intellectuelle. Du physiologique au physique, de l'instinct à l'intelligence, du vécu au pensé, la conscience convertie ne garde que le rapport de correspondance détaché des objets sensibles et des images poétiques qui génèrent l'émotion, comme la numération a retenu la correspondance entre les doigts d'une main et les objets à compter. Ainsi séparée des sens et de leur univers, l'intelligence retrouve à sa source le pouvoir unifiant éternellement actuel par lequel toutes choses sont perpétuellement liées, déliées et reliées. Dans ce nouvel univers l'esprit dissout les corps en mouvements, la lumière et les sons en radiations, les forces en relations de chocs, et, sans quitter la discipline du vrai inscrite dans son incessant travail de vérification, les combine à l'infini. Alors, dans cette immanence créatrice, les deux univers Pascaliens n'en font plus qu'un, le grand et le petit se sont évanouis avec les images et le Bien comme le Beau adhèrent intimement à l'unique notion de Vérité. Le règne humain est atteint. Le corps et ses désirs a disparu avec les images et pourtant la correspondance est conservée avec l'activité fonctionnelle la plus élémentaire. Le grand circuit intellectuel enveloppant le corps et son univers a rejoint l'immanence vitale qui donne une réalité passagère aux phénomènes, de la même façon que la musique la plus exactement purifiée atteint, par son ascèse même, l'émoi organique le plus fondamental." Marie-Anne COCHET
Permettez donc pour un peu de temps à votre pensée de sortir hors de ce Monde pour en venir voir un autre tout nouveau que je ferai naître en sa présence dans les espaces imaginaires. Les Philosophes nous disent que ces espaces sont infinis et ils doivent bien en être crus puisque ce sont eux-mêmes qui les ont faits. Mais afin que cette infinité ne nous empêche et ne nous embarrasse point, ne tâchons pas d'aller jusqu'au bout; entrons y seulement si avant que nous puissions perdre de vue toutes les créatures que Dieu fit il y a cinq ou six mille ans
L'humanité de ce début du 21 ème siècle se trouve, pour la première fois de son histoire, face à l'Abîme, dans une situation de sursis qui se prolongera sans doute indéfiniment : depuis le 6 août 1945, nous sommes passés à deux doigts de la destruction totale, et ce plus d'une dizaine de fois .
Cet état de fait peut sembler terrible et écrasant, invitant à la fuite en avant et à l'autodestruction finale, d'une façon analogue à l'alcoolique qui a tellement peur de la rechute qu'il boit un verre pour ne plus avoir peur d'en boire un, justement, et consommer le désastre dans une jouissance rageuse et mortelle.
Mais il est aussi susceptible d'une autre interprétation : l'homme (c'est à dire nous tous, hommes et femmes, qui vivons ou vivrons sur cette planète après 1945) a conquis grâce à la science moderne née au 17 ème siècle européen des pouvoirs immenses sur la Nature, bien supérieurs à ceux de l'antique magie, propre aux sociétés primitives d'avant la science, des pouvoirs qui dans les anciennes mythologies auraient été réservés aux "dieux".
S'il ne veut pas périr , il lui faut être à la hauteur de ses pouvoirs et des responsabilités qui en dérivent.
Il lui faut donc se faire "Dieu", se déifier.
Mais qu'est ce que cela veut dire : se déifier ?
Dieu est Esprit, Raison, Logos : telle est l'unique leçon que nous retenons de l'Evangile.
Se déifier, cela signifie donc : élever sa pensée propre à la hauteur de la Pensée Infinie qui est Dieu.
Un tel acte de pensée , nous le nommons, en empruntant avec quelques raisons pensons nous ce terme à Descartes : Mathesis universalis.
L'homme se déifiant dans un processus infini d'acheminement de l'âme vers la Raison pure, n'est donc pas un "autre" que Dieu : nous sommes Dieu envisagé (s'envisageant) dans le temps.
Oui, nous sommes Dieu, mais nous sommes aussi le cobaye universel : cela nous donne en plus quelques droits...
Le Temps est la Mathesis universalis existant empiriquement.
Celle-ci ne doit pas être confondue avec la mathématique , ou la science , qui en est le résultat : elle est l'activité pure de pensée qui en est la condition de possibilité.
Et nous pensons ici que puisque la théorie des nombres (l'arithmétique) est la reine des disciplines mathématiques, et que la mathématique est la reine des sciences, alors c'est là, au coeur même de l'activité intellectuelle-spirituelle qui constitue le monde dans sa réalité ultime, que la Mathesis universalis comme acheminement vers l'Esprit doit être cherchée avant tout .
Les Nombres ne sont autres que les Idées de Platon.
Voici quelques blogs que j'ai créés , et où cette activité de pensée est développée à un rythme plus ou moins régulier:
http://mathesisuniversalis.multiply.com
http://mathesisuniversalis.blogg.org
http://principiatoposophica.blogg.org
FEU
non des philosophes et des savants.
Voici l'hommage que lui rend Brunschvicg au premier chapitre de "L'esprit européen", série de conférences données en Sorbonne de Décembre 1939 à Mars 1940 (un des seuls livres qui semble t'il ne sera pas mis en ligne sur le site des "Classiques" : http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/brunschvicg_leon.html )
ces lignes sont le résultat d'un travail spirituel d'une précision inouïe, ce qui est habituel chez Brunschvicg, mais prend ici une portée inusitée puisque le ton de ces conférences, prononcées pendant la "drôle de guerre", était d'une gravité singulière. Le "juif universaliste" Brunschvicg, face aux hitlériens démoniaques, y revendique en termes "mosaïques" (la "terre promise") la pleine spiritualité européenne, à l'exemple d'autres philosophes "juifs" comme Cassirer et Husserl. Et pour ces "juifs" qui vont jusqu'au bout de la "réalisation" du "programme juif", c'est à dire jusqu'à la rupture complète, c'est la Grèce antique de Xénophane, des physiciens Ioniens et de Platon qui est la source primordiale de la spiritualité européenne, et non pas le judeo-islamo-christianisme : le premier "casseur d'idoles" est Xénophane le philosophe historique, pas le mythique Abraham.
Publié par sedenion à 16:43:09 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/brunschvicg_leon.html
Après "Héritage de mots héritage d'idées", c'est au tour d'un autre ouvrage fascinant et bouleversant datant de la fin de la vie de Brunschvicg : "Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne", d'être rendu accessible.
Bouleversant parce qu'il a été terminé en 1942, année où Brunschvicg était dans la clandestinité totale, soutenu heureusement par des amis comme Maurice Blondel, mais séparé pour toujours des ses enfants qui étaient en Angleterre. Ses enfants qu'il ne reverra pas, puisqu'il est mort le 18 Janvier 1944, sans voir la libération de la France et la chute du nazisme, évènements qu'il avait cependant pressentis, ou plutôt prévus avec la certitude totale qui est celle de la Raison, qui peut douter de tout sauf d'elle même et de sa supériorité intrinsèque sur l'obscurantisme irrationnel des idolâtries "magiques" du "sang et du sol" comme de celles des "religions" des "dieux à nom propre".
On lira avec une attention toute particulière la préface qui retrace tout l'itinéraire de pensée de celui qui fut l'un des maitres de la philosophie d'avant-guerre , pour tomber dans un complet oubli après 1945 :
L'oubli total et volontaire de celui qui fut l'un des "mandarins" des années 30, après la libération, y est bien expliqué. Cet oubli , qui est d'ailleurs plutôt un étouffement, dure encore à ce jour, même si le travail du site des "classiques" permet de reprendre espoir.
Mais il faut ajouter que si la rupture avec l'idéalisme critique d'avant-guerre peut s'expliquer par la déception devant son impuissance à prévoir et à combattre la Bête nazie "montant de l'Abîme", cette accusation manque son objet.
En effet ce n'est pas à cause de l'idéalisme prétendûment abstrait et "alimentaire" (critique faite notamment par Nizan dans les "chiens de garde", où il voit Brunschvicg comme "s'alimentant" de toute adversité pour en nourrir sa pensée) mais bien par impuissance de l'humanité ordinaire à se hausser au niveau de cette pensée et de son exigence, que la totalitarisme a pu s'exercer sans véritable résistance jusqu'en 1944.
Et aussi après cette date d'ailleurs, mais là nous parlons du totalitarisme stalinien, dont Sartre s'est rendu complice jusqu'en 1956 (alors que Céline l'antisémite l'avait dénoncé dès 1936), puis du totalitarisme maoïste qui a bénéficié en France de l'admiration des "grandes consciences" droit de l'hommistes que nous connaissons bien, et qui se sont racheté depuis une virginité démocratique.
Cete intéressante préface au livre de Brunschvicg s'étend aussi sur la nature nouvelle et spéciale de "Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne" : Brunschvicg, ébranlé par les évènements de 1940 à 1942, y aurait pour la première fois fait place au "doute" à propos de son "système rationaliste fondé sur la science".
Mais cela me semble inexact, en ce que la pensée de Brunschvicg s'est toujours, et depuis les débuts, "nourri" des pensées adverses et "opposées" (ou "différentes") en les accueillant et les discutant. Et l'on peut ici, bien sûr, arguer de son admiration pour Pascal ou Bergson, deux penseurs pourtant très éloignés de lui philosophiquement parlant.
Il est d'ailleurs à souligner que Bergson est une autre sommité d'avant-guerre qui n'a pas connu après 1945 le mùême destin d'oubli : c'est sansdoute que le bergsonisme fait place au mysticisme, qui est et sera toujours à la mode... mais je partage au demeurant l'admiration de Brunschvicg pour ce géant de la pensée qu'est Bergson.
La thèse du livre est donc que la modernité (initiée par Descartes) dérive du scepticisme de Montaigne, qui se trouve donc ainsi accorder une importance cruciale...
mais , tout en étant d'accord bien sûr avec ce verdict, il ne faudrait pas en rester là , et je voudrais ici simplement citer une réflexion de Brunschvicg tirée d'un autre texte ("L'humanisme de l'Occident", introduction au premier tome des "Ecrits philosophiques") à propos de Montaigne et Descartes:
" Mais depuis Descartes on ne peut plus dire que la vérité d'Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives (qui est la première perspective de la sagesse occidentale, de laquelle nous sommes redevables à Montaigne).
sortir de la sujétion de ses précepteurs, s'abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler ça et là dans le monde, spectateur plutôt qu'acteur en toutes les comédies qui s'y jouent, ce ne seront encore que les conditions d'une ascétique formelle.
A quoi bon avoir conquis la liberté de l'esprit si l'on n'a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit, ou, comme dira Pascal, un ignorant; dans le réveil de la mathématique, il ne cherche qu'un intérêt de curiosité, qu'une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L'homme intérieur demeure pour lui l'individu, réduit à l'alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l'âge fait de plus en plus mélancolique, sur la «petite histoire de son âme».
Or, quand Descartes raconte à son tour «l'histoire de son esprit», une tout autre perspective apparaît: la destinée spirituelle de l'humanité s'engage, par la découverte d'une méthode d'intelligence. Et grâce à l'établissement d'un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d'une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée par le génie de l'analyse".
On pourrait lire dans ces lignes, sans se tromper de beaucoup, une conception quasi-prophétique de Descartes, et aussi trouver l'explication du dédain affiché par nombre d'intellectuels, anglo-saxons mais aussi français, pour Descartes : c'est que notre époque n'aime les prophètes que religieux, environnés d'éclairs, de crainte et de tremblement, et de phénomènes surnaturels. Et surtout elle les aime de loin : pour la vie quotidienne, on préfère la "petite histoire de l'âme" , mais ici les mots de Brunschvicg peuvent sembler trop sévères pour Montaigne, que sa culture des nobles sages de l'antiquité met à l'abri des divagations "nunuches" des contemporains narcissiques obsédés de leur "belle âme" (que ne l'introduisent ils en bourse !!? cela règlerait sans dout leurs problèmes de "pouvoir d'achat").
La "mission prophétique" de Descartes existe bel et bien et débute historiquement dans la nuit "de la Saint Martin" du 10 au 11 novembre 1618 avec les trois rêves de Descartes, qu'il interprète lui même dès le réveil (et même pendant la durée du songe pour le dernier) et qui lui semblent inspirés par l'Esprit de Vérité, autre nom de Dieu des philosophes.
Celui qui est aussi, et simplement, "la Vérité", d'après le "Court Traité" de Spinoza.
Parmi les autres livres ou articles de Brunschvicg, on trouvera "Les étapes de la philosophie mathématique" (sans doute son ouvrage le plus important, le plus commenté en tout cas, et qui n'a pas pris une ride) à cette adresse du site de l'université du Michigan:
on trouvera aussi un grand nombre d'articles parus dans la "Revue de métaphysique et de morale" (qu'il avait fondée en 1893 avec Xavier Léon) sur le site de la bibliothèque nationale Gallica:
(taper "Brunschvicg" en mot clé dans le cadre "recherche libre" ou "auteur", ou bien cliquer sur "périodiques" pour trouver la Revue de m'étaphysique et de morale).
Un autre livre important de lui, "De la vraie et de la fausse conversion", a paru sous forme d'articles dans plusieurs numéros de la revue à partir de 1930, voici les adresses de différents morceaux du livre:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112646/f1.item (chapitre 1, aller pages 279-297)
On trouvera aussi "Raison et religion" et "Spinoza" sur "Archive" :
http://www.archive.org/search.php?query=Brunschvicg%20AND%20mediatype%3Atexts
Publié par sedenion à 16:38:51 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
L'article de 13 pages paru dans la "Revue de métaphysique et de morale" A42 N1 : "Religion et philosophie" constitue le texte à peine modifié d'une communication cruciale de Brunschvig au congrès international de Pragues en 1934. Cet article est lisible sur Gallica, voici l'url de la première page :
Communication cruciale parce qu'en 1934 le monde effaré assistait aux premiers "pas de danse" du démon hitlérien, sur lesquels un sage de l'envergure de Brunschvicg ne pouvait avoir aucun doute...et popurtant la lecture des Mémoires de Raymond Aron (élève admiratif de Brunschvicg )pourrait donner l'idée contraire, puisqu'il y raconte qu'en Mars 1936, rencontrant Brunschvicg "au bas du Boulevard Saint Michel" peu après l'épisode de Rhénanie (invasion des troupes de hitler, contre tous les traités signés) , celui ci lui déclare : "heureusement les britanniques nous ont stoppés cette fois...la paix est sauvée".
Ce fut à Aron, plus au fait des "petites circonstances de la vie politique et diplomatique", de lui expliquer que ce n'était qu'une vengeance mesquine des anglais pour le manque de soutien français face aux agissements de Mussolini en Ethiopie...vengeance qui devait se révéler catastrophique quelques années plus tard, puisqu'elle interdit aux occidentaux de voler au secours de la Tchécoslovaquie, et donc mena à l'invasion de la Pologne et à la guerre en Septembre 1939.
Mais Brunschvicg luttait à un niveau bien plus élevé, proprement philosophique, et cette communication de 1934 en donne un bon aperçu.
Publié par sedenion à 15:29:33 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
"Les axiomes de la mécanique" par Paul Painlevé (1863-1933) constituent une bonne et claire introduction philosophique à la physique mathématique. Rappelons que selon Brunschvicg l'émergence d'une physique mathématique est "un changement d'axe de la vie religieuse".
Cela ne signifie aucunement que le culte (ou plutôt les cultes) religieux sont remplacés par la physique. Mais que la définition précise et exacte des conditions et des normes de l'objectivité scientifique permet, elle et elle seule, de discriminer entre ce qui est "objet" (les entités de la physique, plutôt que les entités matérielles) et ce qui est à la source de l'objectivation et des normes de vérité : l'esprit (rationnel et mathématisant), la trace du "Dieu des philosophes et des savants".
Avant l'irruption de la mécanique galiléenne et newtonnienne, la "science" aritotélicienne et scolastique restait descriptive et qualitative.
La science moderne mesure , explique et prédit, et c'est grâce à la mécanique qu'elle a acquis ces caractéristiques. Cette dernière joue donc un rôle prépondérant dans la naissance et le développement de la science moderne, et donc aussi, de notre point de vue, dans l' essor de LA religion universelle, qui n'a rien de commun avec LES religions traditionnelles (y compris christianisme et islam), qui sont seulement d'ordre ethnique et sociologique.
comme le dit Brunschvicg : "soit on fait de la sociologie, soit on fait de la philosophie"....
et ceux, rares au demeurant, qui parviennent à s'émanciper des cultes et des idoles de leur tribu (ou nation) particulière méritent seuls d'être appelés "deux fois nés" ("dvijas" en sanscrit). Et des livres comme le "Discours de la méthode" de Descartes, le "Traité de la réforme de l'entendement" de Spinoza ou les "Révolutions" de Copernic méritent d'être appelés des "traités de la seconde naissance" : il s'agit d'une "naissance à l'esprit" par "redressement" de celui ci.
Voir aussi à propos du livre de Painlevé :
Publié par sedenion à 15:05:39 dans Mécanique | Commentaires (0) | Permaliens
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"Thalès étant tombé dans un puits tandis que, occupé d'astronomie, il regardait en l'air, une petite servante de Thrace, toute mignonne et pleine de bonne humeur, se mit, dit-on, à le railler de mettre tant d'ardeur à savoir ce qui est au ciel, alors qu'il ne s'apercevait pas de ce qu'il avait devant lui et à ses pieds. Or, à l'égard de ceux qui passent leur vie à philosopher, le même trait de raillerie est assez bien à sa place" (Platon, Théétète 174a) "peut être la servante de Thrace avait-elle confondu la théorie des étoiles avec le culte de celles-ci, et avait à ce niveau tenu ses propres dieux pour les plus forts" (Hans Blumenberg) "la sagesse du philosophe qui s'est retiré du monde pour vivre dans l'imitation de Dieu a, comme contre-partie inévitable, la maladresse et la gaucherie qui le mettent hors d'état de s'appliquer aux affaires de la vie pratique, qui font de lui, comme jadis de Thalès, la risée d'une servante thrace (Théétète, 174a). Est il légitime de se résigner à cette séparation de la vertu philosophique et de la réalité sociale, qui s'est traduite, dans l'histoire d'Athènes, par des évènements tels que la condamnation de Socrate ? n'est ce point manquer à l'intérêt de l'humanité que de l'abandonner aux opinions absurdes et aux passions désordonnées de la multitude ? et la misanthropie n'est elle point, en définitive, un péché contre l'esprit au même titre que la misologie ? (Phédon, 89b)" (Léon Brunschvicg)
" Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l'éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l'humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l'évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l'instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l'intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d'une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ? La clarté de l'alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n'intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n'ont jamais songé à l'invoquer ». Or, remarque Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s'agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l'avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l'expérience, personne ne le reconnaîtrait» " (Léon Brunschvicg, "Raison et religion")
L'homme occidental, l'homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l'Occident n'a jamais produit, d'ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l'humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d'unité morale. Rien de plus souhaitable pour lui que la connaissance de l'Orient, avec la diversité presqu'infinie de ses époques et de ses civilisations. Le premier résultat de cette connaissance consistera sans doute à méditer les jugements de l'Orient sur l'anarchie et l'hypocrisie de notre civilisation, à prendre une conscience humiliante mais salutaire, de la distance qui dans notre vie publique comme dans notre conduite privée, sépare nos principes et nos actes. Et, en même temps, l'Occident comprendra mieux sa propre histoire: la Grèce a conçu la spéculation désintéressée et la raison politique en contraste avec la tradition orientale des mythes et des cérémonies. Mais le miracle grec a duré le temps d'un éclair. Lorsqu'Alexandre fut proclamé fils de Dieu par les orientaux, on peut dire que le Moyen Age était fait. Le scepticisme de Pyrrhon comme le mysticisme de Plotin ne s'explique pas sans un souffle venu de l'Inde. Les "valeurs méditérranéennes", celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d'origine et de caractère asiatique...... quant à l'avenir de l'Occident, il n'est pas ici en cause : une influence préméditée n'a jamais eu de résultats durables, et prédire est probablement le contraire de comprendre. Toute réflexion inquiète de l'Européen sur l'Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l'empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la raison occidentale, qui est la raison tout court, de faire surgir, ainsi que l'ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en chassant les imaginations matérialistes qui sont ce que l'Occident a toujours reçu de l'Orient
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