Il est malaisé de décider si l'armée des vivants peut avoir l'espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée Bergson, de "culbuter la mort"; mais, puisque le salut est en nous, n'est il pas assuré que l'armée des esprits débouche dans l'éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d'éternité sa stricte signification d'immanence radicale ?
... il ne s'agit plus pour l'homme de se soustraire à la condition de l'homme. Le sentiment de notre éternité intime n'empêche pas l'individu de mourir, pas plus que l'intelligence du soleil astronomique n'empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s'installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l'instant du présent, qui permet d'intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l'expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l'avenir. Rien ici qui ne soit d'expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l'univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu'une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne....
ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l'homme lui-même, le progrès de notre réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l'intelligence et l'amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l'atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l'image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l'effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l'humanité de l'idée qu'elle s'est formée d'elle-même.
Si les religions sont nées de l'homme, c'est à chaque instant qu'il lui faut échanger le Dieu de l'homo faber, le Dieu forgé par l'intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l'homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d'aimer, qui menace d'en restreindre l'espérance et d'en limiter l'horizon.
Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l'égoïsme inhérent à l'instinct naturel, que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d'humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu'à enrichir le trésor commun !»
«Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n'est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n'est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l'Évangile, il faut aller jusqu'à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n'a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.
Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour, l'unique vérité dont Dieu ait à nous instruire.»
Léon Brunschvicg
"Si Goethe n'atteint pas l'intellection des rapports purifiés d'images, c'est qu'il est poète avant tout et que le poète ne peut s'évader du monde des images qui est le royaume de l'enfance humaine. Religion, art, poésie sont les premiers modes de la pensée s'évadant de l'animalité. La science est le stade le plus tardif dans la chronologie des civilisations; c'est un stade que toutes n'atteignent pas, et auquel l'art et la religion s'opposent le plus souvent parce que la sensibilité fixée aux images rejoint difficilement la pure sensibilité intellectuelle attachée aux rapports sans représentation sensible. Cette conversion de la sensibilité est une des étapes qu'il faut franchir pour convertir la conscience sensible en conscience intellectuelle. Du physiologique au physique, de l'instinct à l'intelligence, du vécu au pensé, la conscience convertie ne garde que le rapport de correspondance détaché des objets sensibles et des images poétiques qui génèrent l'émotion, comme la numération a retenu la correspondance entre les doigts d'une main et les objets à compter. Ainsi séparée des sens et de leur univers, l'intelligence retrouve à sa source le pouvoir unifiant éternellement actuel par lequel toutes choses sont perpétuellement liées, déliées et reliées. Dans ce nouvel univers l'esprit dissout les corps en mouvements, la lumière et les sons en radiations, les forces en relations de chocs, et, sans quitter la discipline du vrai inscrite dans son incessant travail de vérification, les combine à l'infini. Alors, dans cette immanence créatrice, les deux univers Pascaliens n'en font plus qu'un, le grand et le petit se sont évanouis avec les images et le Bien comme le Beau adhèrent intimement à l'unique notion de Vérité. Le règne humain est atteint. Le corps et ses désirs a disparu avec les images et pourtant la correspondance est conservée avec l'activité fonctionnelle la plus élémentaire. Le grand circuit intellectuel enveloppant le corps et son univers a rejoint l'immanence vitale qui donne une réalité passagère aux phénomènes, de la même façon que la musique la plus exactement purifiée atteint, par son ascèse même, l'émoi organique le plus fondamental." Marie-Anne COCHET
Permettez donc pour un peu de temps à votre pensée de sortir hors de ce Monde pour en venir voir un autre tout nouveau que je ferai naître en sa présence dans les espaces imaginaires. Les Philosophes nous disent que ces espaces sont infinis et ils doivent bien en être crus puisque ce sont eux-mêmes qui les ont faits. Mais afin que cette infinité ne nous empêche et ne nous embarrasse point, ne tâchons pas d'aller jusqu'au bout; entrons y seulement si avant que nous puissions perdre de vue toutes les créatures que Dieu fit il y a cinq ou six mille ans
L'humanité de ce début du 21 ème siècle se trouve, pour la première fois de son histoire, face à l'Abîme, dans une situation de sursis qui se prolongera sans doute indéfiniment : depuis le 6 août 1945, nous sommes passés à deux doigts de la destruction totale, et ce plus d'une dizaine de fois .
Cet état de fait peut sembler terrible et écrasant, invitant à la fuite en avant et à l'autodestruction finale, d'une façon analogue à l'alcoolique qui a tellement peur de la rechute qu'il boit un verre pour ne plus avoir peur d'en boire un, justement, et consommer le désastre dans une jouissance rageuse et mortelle.
Mais il est aussi susceptible d'une autre interprétation : l'homme (c'est à dire nous tous, hommes et femmes, qui vivons ou vivrons sur cette planète après 1945) a conquis grâce à la science moderne née au 17 ème siècle européen des pouvoirs immenses sur la Nature, bien supérieurs à ceux de l'antique magie, propre aux sociétés primitives d'avant la science, des pouvoirs qui dans les anciennes mythologies auraient été réservés aux "dieux".
S'il ne veut pas périr , il lui faut être à la hauteur de ses pouvoirs et des responsabilités qui en dérivent.
Il lui faut donc se faire "Dieu", se déifier.
Mais qu'est ce que cela veut dire : se déifier ?
Dieu est Esprit, Raison, Logos : telle est l'unique leçon que nous retenons de l'Evangile.
Se déifier, cela signifie donc : élever sa pensée propre à la hauteur de la Pensée Infinie qui est Dieu.
Un tel acte de pensée , nous le nommons, en empruntant avec quelques raisons pensons nous ce terme à Descartes : Mathesis universalis.
L'homme se déifiant dans un processus infini d'acheminement de l'âme vers la Raison pure, n'est donc pas un "autre" que Dieu : nous sommes Dieu envisagé (s'envisageant) dans le temps.
Oui, nous sommes Dieu, mais nous sommes aussi le cobaye universel : cela nous donne en plus quelques droits...
Le Temps est la Mathesis universalis existant empiriquement.
Celle-ci ne doit pas être confondue avec la mathématique , ou la science , qui en est le résultat : elle est l'activité pure de pensée qui en est la condition de possibilité.
Et nous pensons ici que puisque la théorie des nombres (l'arithmétique) est la reine des disciplines mathématiques, et que la mathématique est la reine des sciences, alors c'est là, au coeur même de l'activité intellectuelle-spirituelle qui constitue le monde dans sa réalité ultime, que la Mathesis universalis comme acheminement vers l'Esprit doit être cherchée avant tout .
Les Nombres ne sont autres que les Idées de Platon.
Voici quelques blogs que j'ai créés , et où cette activité de pensée est développée à un rythme plus ou moins régulier:
http://mathesisuniversalis.multiply.com
http://mathesisuniversalis.blogg.org
http://principiatoposophica.blogg.org
Le beau film de Christian Carion, sorti en 2005 :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Joyeux_No%C3%ABl_(film)
permet d'illustrer certains propos qui ont été tenus ici sur le christianisme, en particulier dans le message précédent.
Car il ne fait aucun doute qu'une certaine atmosphère "religieuse" imprègne le film dans ce qu'il a de plus "enchanteur" : ces soldats allemands, écossais, français, qui ont "fraternisé" pendant le nuit de Noel 1914, au milieu du "no man's land" des premières tranchées, le font, en tout cas dans le film, "poussés" moins par les vapeurs du champagne que par les chants de Noel , soit cette "musique sacrée" qui était encore, jusqu'à l'avènement du magnétophone et du disque "commercial", la culture musicale commune. Que l'on songe aux oeuvres de Bach, Haydn ou Mozart, indicutablement d'inspiration chrétienne.
Et d'ailleurs, toujours dans le film, après les timides accolades de "fraternisation" et les "tournées de champagne" prises en commun, c'est bien une messe , célébrée par le prêtre anglican qui partage la vie de ces soldats, qui réunit tout le monde, à part certes deux ou trois réfractaires.
L'action se passe en 1914, ce qui rend plausible cet épisode qui replacé dans les temps actuels ferait rire tout le monde. Il y a un siècle les populations d'Europe étaient encore massivement chrétiennes, sinon dans le "coeur", en tout cas extérieurement.
Il serait peut être impossible de tourner, aujourd'hui en 2008, une telel scène, tellement les choses vont vite : des ligues islamiques ou "anti-racistes" ne risqueraient elles pas de s'insurger au nom de cette inacceptable "discrimination" conisistant à suggérer une intolérable "identité chrétienne de l'Europe" ? au nom bien sûr des "indigènes" musulmans venus d'Afrique, et qui ont largement versé leur sang pour la France.
Mais peu importe ces futilités, car le film , tel du moins que je le comprends, est bien au delà d'une quelconque tentative de prosélytisme.
Au fond, ce qui réunit pour quelques minutes, ces malheureux avant qu'ils ne recommencent à s'entretuer, ce n'est pas le Christ "chrétien" si je puis dire : c'est le "Christ" dont nous parlons ici, à savoir le Logos, le Verbe intime au coeur de tout homme, quelle que soit par ailleurs sa religion "sociologique" ou ethnique.
Ce que nous reprochons, à la suite de Brunschvicg (voir article précédent) au christianisme, c'est son impuissance historiquement avérée à être véritablement chrétien !
et telle semble bien être aussi l'avis du réalisateur de ce film, puisqu'à la suite de cette "nuit de fraternisation", les autorités, alertées par l'espinooage du courrier des soldats, envoient des plénipotentiaires, militaires ou "religieux", pour remettre de l'ordre dans ces consciences perturbées...pensez donc ! dès fois que la boucherie s'arrêterait prématurément !
c'est ainsi que le "Supérieur" du prêtre écossais "coupable" d'avoir dit la messe cette nuit là vient prononcer une "homélie", à l'intention des troupes plus fraiches qui viennent "remplacer" les traitres, digne de G W Bush et du combat , ou plutôt de la Croisade, de la civilisation anglo-saxonne contre la barbarie teutonne (à cette époque là )...si je me souviens bien, il va jusqu'à dire que "les allemands ne sont pas des enfants du Seigneur comme nous".
Trente ans plus tard, le général Eisenhower, commandant en chef de l'opération "Overlord" (toute une formule, un peu comme l'éphémère "Infinite justice"), reprendra les mêmes accents dans sa harangue aux paras américains le soir du 5 juin 1944, lorsqu'il les appelle à prendre part sans faiblir à "the great Crusade".
Le christianisme de philosophes qu'est selon Brunschvicg le spinozisme , qui doit être émondé de tous ses aspects "démodés" ( le lourd appareillage euclidien de l'Ethique, notamment) pour devenir la "doctrine du Verbe" , l'idéalisme de la science, "l'activité intelelctuelle prenant conscience d'elle même" ou encore la "science des idées" qu'est la philosophie si elle est fidèle à elle même, ne saurait être identifié avec le christianisme historique, dont le "péché qui ne sera pas pardonné" est moins l'entreprise des premières croisades (justifiées par le fait que l'Islam interdisait en pratique le pèlerinage des chrétiens vers les Lieux Saints) que d'avoir ensanglanté l'Europe lors des multiples guerres de religions.
Et je dirais même que l'émergence de l'Islam, au 7 ème siècle, signe l'échec chrétien : car si la religion universelle, rapprochant tous les hommes dans la compréhension intellectuelle du Verbe, avait été le christianisme, il n'y aurait eu aucune possibilité pour une religion "universelle concurrente" d'apparaitre.
Au fond, ce tragique échec de 2000 ans d'histoire mène à la première guerre mondiale, et donc à Hitler et à la seconde. Puis à la création d'Israel, et à la guerre larvée qui éclate au grandjour médiatique le 11 septembre 2001.
On ne peut bien sûr pas regretter la victoire des alliés sur les nazis le 6 juin 1944 (car si le débarquement n'avait pas réussi, rien n'aurait été gagné en Europe, ni d'ailleurs en Orient). Mais doit on pour autant donner un blanc seing à la puissiance qui a régi les 60 ans qui suivirent, les USA ? certainement pas, et il n'est pour en être persuadé que de prendre conscience que les attaques nucléaires contre hiroshima et Nagasaki, qui resteront pour l'éternité comme deux crimes contre l'humanité à jamais impunis, auraient pu être évités si Truman avait accepté de s'entendre avec Staline pour terminer la guerre avec le Japon.
Bien sûr, il n'y a plus eu de guerre "chaude" en Occident depuis 1945. Mais la guerre ne continue t'elle pas par d'autres moyens, sur le terrain économique et financier, et ne devient elle pas peu à peu la guerre de tous contre tous qu'annonce l'Apocalypse ? car qu'est ce d'autre que les "conquêtes de nouveaux marchés pour nos produits au détriment de ceux des concurrents" ?
tout ceci jusqu'Ã la crise mondiale actuelle, dont on ne discerne pas quelle sera l'issue.
C'est tout ce destin funeste qu'entend éviter le "christianisme des philosophes", (que l'on peut d'ailleurs appeler tout aussi bien un "Islam des philosophes" , puisque dans la doctrine du Verbe aucun schisme sectaire n'est possible) : l'union indissoluble du rationalisme scientifique et du spiritualisme religieux.
Et la messe du 24 décembre 1914 retracée dans le film de Carion doit selon nous être interprétée en ce sens. Car si le rationalisme scientifique ne reste pas uni pour le meilleur au spiritualisme religieux, il se mue, pour le pire, en le technicisme sans frein des canons, des bombes thermonucléaires et....des chambres à gaz.
Publié par sedenion à 11:34:35 dans religions | Commentaires (0) | Permaliens
J'ai vu un des articles que j'avais publiés en juillet 2007 sur un ancien blog republié hier 19 novembre 2008 sur un blog d'Observation de l'Islamisation :
http://cafephilodedroite.blogspot.com/2008/11/observatoire-de-lislamisation-de-la_19.html
et cela m'a donné motif à réflexion.
Pourrais je aujourd'hui réécrire sans aucune modification ce que j'avais écrit il y a un peu plus d'un an ? soit un espace de temps assez court, mais où il s'est passé pas mal de choses, notamment depuis les dernières semaines et ce que l'on appelle la "Crise mondiale".
A vrai dire, je ne renie rien de ce que j'avais écrit en juillet 2007. Mais il me faut y apporter, plutôt que des corrections ou suppressions, des compléments qui s'avèrent constituer des rectifications...en quelque sorte 
Tout tourne autour de Brunschvicg et de sa doctrine : c'est en lui, et en son oeuvre, que s'est cristallisé un noyau d'aspirations et de projets de nature philosophique et spirituelle.
Or une chose est indiscutable concernant Brunschvicg : la vie religieuse est pour lui l'aspect le plus important de la vie, et toute sa philosophie est orientée vers ce but.
Mais il est une autre chose indéniable, ou plutôt une chose qui semble entièrement différente, mais qui ne l'est pas, et même s'avère à la réflexion être la même chose: c'est que Brunschvicg est d'une intransigeance absolue sur la valeur du rationalisme, et de sa valeur, de sa teneur religieuse; un rationalisme qu'il a soin de différencier du dogmatisme fondé sur une Grande logique, qu'il vitupère comme faussement rationaliste.
En fait, on pourrait dire que tout l'effort de la vie philosophique de Brunschvicg se résume à la tâche, écrasante, de définir le plus scrupuleusement et le plus exactement possible la nature de la raison, et ce en quoi elle est ce qui depuis la naissance de la science "ouvre" la possibilité de la conversion et de la religion véritable, sans rien de commun avec les religions du passé.
A ce titre se pose le problème du christianisme, dont on sait que depuis 2000 ans il oeuvre et opère, avec la philosophie , au coeur de l'édification du destin de l'Occident, c'est à dire du destin de l'humanité, qu'on le regrette ou qu'on s'en félicite.
Or Brunschvicg, d'origine juive, et qui a eu à souffrir à la fin de sa vie des persécutions nazies et pétainistes, Brunschvicg qui a été un dreyfusard sans failles et un ardent combattant contre l'antisémitisme, Brunschvicg rejette le judaïsme et l'Ancien Testament. Voir notamment le témoignage de Gilson dans l'article précédent :
Il le rejette parce qu'il rejette la notion de Créateur et celle de Transcendance, et parce qu'il le juge trop "charnel", impuissant à se hausser à l'universel.
Brunschvicg déclare souvent que sa philosophie est une doctrine du Verbe, de Verbe intime (logos endiathetos) plutôt que du Verbe proféré dans le langage et son exériorité. Il se rattache au Nouveau Testament comme livre de la religion du Verbe, donc plutôt au prologue de l'Evangile de Jean , qui avait aussi tellement fasciné Fichte.
Brunschvicg se plait à reconnaître que le christianisme a inauguré un "nouvel élan de conscience", qui peut et doit se poursuivre en dehors des domaines régis par la foi. "Je ne reconnaitraît pas moi même dans ce que je pense et ce que je suis" dit il "s'il n'y avait eu tout le mouvement du christianisme".
Le R P Sertillanges fait ce constat que l'on pourrait craindre orienté (pour "récupérer" Brunschvicg et la philosophie critique dans le giron de la foi chrétienne) mais que nous acceptons dans ces grandes lignes : reconnaissant l'énorme influence exercée (en bien comme en mal d'ailleurs, ajouterons nous) par le christianisme dans le domaine philosophique, Brunschvicg n'entend pas choisir pour se situer pour ou contre le christianisme en général; il fait son choix à l'intérieur du christianisme, interprétant celui ci dans le sens d'un idéalisme critique et mathématisant qui se veut aussi et par dessus tout religieux et apparenté , outre la doctrine du Verbe, à l'imitation de Jésus. (sur ce dernier point de l'imitation de Jésus cependant, je me permets d'être dubitatif, et pour ma part je restreindrais le "christianisme de philosophe" de Brunschvicg à la pure spiritualité de la doctrine du Verbe intérieur et absolument immanent : "la lumière qui éclaire tout homme de l'intérieur".
Un idéalisme, donc, religieux non pas malgrès son mathématisme, mais religieux et "chrétien", d'un christianisme de philosophes et de savants, parce que mathématisant.
Et l'on ne peut que noter, en relation avec ce qui vient d'être dit, que Kojève caractérise la science moderne comme étant d'origine chrétienne: la naissance d'une physique mathématique à vocation universelle est explicable selon lui uniquement par l'imprégnation de l'Europe par le christianisme et singulièrement par le dogme de l'Incarnation. Car les autres dogmes porpres au monothéisme étaient présents dans le judaïsme et l'Islam, qui n'ont jamais eu l'idée de développer une science mathématique et universelle. Idée qui a vu le jour sous la forme de la Mathesis universalis de Descartes.
Compte tenu de ce qui précède, et de ma volonté de fidélité, non pas littérale mais spirituelle, à la voie tracée par Brunschvicg, vais je donc renier les propos souvent d'une virulence extrême que j'ai tenus en 2007 sur l'ancien blog, contre le christianisme ?
Oui et non.
Car la fidélité au sens véritable du christianisme, la doctrine du Verbe , réclame une intransigeance intraitable contre ce qui dans le christianisme apparait comme scorie, impureté, ajout mythologique à la pure doctrine (philosophique en son essence) du Verbe : à savoir tout le christianisme vulgaire, celui que l'on connaît si bien : prières, bondieuseries, pleurnicheries "saintes"...et, côté cour, guerres, croisades et là aussi massacres.
Si le christianisme est, et il l'est d'une certaine façon, la tentative absurde et désespérée (ou désespérante) de faire tenir ensemble deux choses absolument inconciliables : la personnalité humaine de Jésus, et l'essence pure et spirituelle du Verbe universel, alors il ne peut que s' effondrer..et c'est bien ce qu'il fait depuis 2000 ans, et de manière acélérée depuis un siècle. Et ce au profit de l'Islam.
Mais nous savons aussi que Brunschvicg, disciple de Spinoza, interprète la doctrine spinoziste comme "un christianisme de philosophe".
C'est pour cette raison que nous changeons, depuis quelques mois, la visée de notre lunette d'approche, pour la réorienter vers le domaine de la vie religieuse. Donc de la Mathesis universalis vers le Dieu des philosophes et des savants, puisque l'on sait aussi que Brunschvicg a toujours rejeté la première notion, Mathesis universalis, qu'il considérait comme un reliquat à l'âge moderne des rêves de "Pansophie" du moyen age, mais qu'il s'est réclamé pour le sens ultime de sa pensée du Dieu des philosophes et des savants, en un sens exactement inverse et symmétrique du Mémorial de Pascal :
"le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial de Pascal du 23 novembre 1654: entre le Dieu qui est celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires".
Dieu des philosophes et des savants , non pas Dieu d'Abraham pour Brunschvicg (et pour nous, pauvres ombres qui suivons ses pas de géant à distzance respectable et respectueuse); mais pour Pascal :
FEU
Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob,
non des philosophes et des savants.
C'est dans ce cadre de réflexions que nous choisissons de "thématiser" nos sommaires tentatives, vite retombées d'une "impuissance à redresser le vol", comme un christianisme, ou un Islam, de philosophes et de savants.
Car si l'on émonde le christianisme de tous ses aspects charnels, de toutes ses impuretés donc, alors l'apparition historique de l'Islam perd tout son sens : et l'on peut confondre Islam et christianisme en un même nom, et un même concept.
Mais tout en précisant bien que ce "christianisme-Islam de philosophes et de savants" n'a rien de ommun avec l'Islam coranique, et très peu avec le christianisme historique en tant que religion... peut être juste le prologue de l'Evangile de Jean. Et cela suffit amplement à toute une vie d'effort intérieur !
Voir aussi sur ce point :
La belle histoire continue donc, mais ce sont les blogs suivants qui en deviennent les principaux "points de regroupement et de convergence":
Publié par sedenion à 15:05:51 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
Il est des moments bénis où l'on est apte à pardonner à Internet toutes ses monstruosités (pornographie, islamisme, nazisme , sarkozysme etc..).
par exemple quand on tombe par hasard sur ce livre d'Etienne Gilson : "Le philosophe et la théologie", où il raconte sa jeunesse et son éducation philosophique, sous les auspices de Léon Brunschvicg , livre que Google nous offre à l'url suivant :
On sait que Brunschvicg cite souvent certains passages des Evangiles, surtout celui de Jean, et qu'il déplore que le christianisme historique n'ait pas été à la hauteur de la religion du Verbe qu'il est en fait. Il rejoint ainsi Fichte, qui voit dans le Prologue de l'Evangile de Jean toute la philosophie éternelle en germe.
Dans "Le christianisme et les philosophes", le R P Sertillanges donne quittance à Brunschvicg du fait qu'il place toujours le Nouveau Testament bien au dessus de l'Ancien : le Dieu en esprit et en vérité, le Dieu qui est le Verbe immanent à toute conscience humaine, et non pas l'idole "Dieu créateur".
Gilson confirme ici (pages 29 à 32 entre autres) que Brunschvicg a répudié le judaïsme jusque dans le christianisme (on ne parle évidemment pas ici de conversion, alors que Bergson voulait bel et bien se faire catholique, mais y a renoncé pour ne pas paraitre abandonner ses frères au moment des persécutions hitlériennes).
"Ce qu'il nous reprochait à nous autres catholiques" (c'est Gilson qui parle de Brunschvicg), "c'est d'être encore trop juifs".
Mais Brunschvicg, dans sa simplicité et sa sincérité, raconte à Gilson le moment exact où il s'est libéré de la "prison juive" (ainsi que l'appelle Jean Daniel) : "c'était au moment du jeûne : pou s'assurer qu'il ne cédait pas à un appétit bien naturel, notre philosophe mangea un haricot (Brunschvicg appuyait sur "un", car l'unicité de ce corps du délit lui garantissait la pureté de l'acte)..
Gilson : "j'essayai alors de lui faire comprendre que l'idéalité même de sa rébellion était encore un triomphe du Lévitique"..
puis il se demande : "Quel est donc ce Dieu en esprit et en vérité auquel on se consace en mangeant un haricot, et un seul ?"
Il se pourrait bien que Gilson ait manqué là la signification pour la postérité de ce qui est peut être l'un des plus importants "sermons" (à la manière d'un koan zen) philosophiques.
Oui, il se pourrait que Brunschvicg nous lègue là , à nous autres pauvres ombres perdues dans les ténèbres du 21 ème siècle, de sa barbarie et de ses guerres religieuses qui reviennent, un héritage magnifique, un symbole qui sauve...
Dans ses Essais sur le bouddhisme Zen, Suzuki raconte souvent la façon dont un élève, après des années de travail infructueux encore qu'acharné, rencontre l'illumination (satori) en recevant un coup de bâton du Maitre, ou à l'occasion d'une parole en apparence futile de celui ci...
Il me semble bien vivre ici, avec Brunschvicg et son haricot, l'un de ces moments privilégiés...
et, n'était mon souci de la discrétion, et ma méfiance devant l'exaltation (et le délire) , il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que je m'agenouille, moi, dans ma chambre, les yeux baignés de larmes, en murmurant dans une sorte de transe, un peu comme le disciple du Maitre Zen:
"Maitre, c'est extraordinaire...tout ce qui était courbé est redressé, les fleuves sont de nouveau des fleuves etc..etc.."
mais cela n'aura pas lieu, car je sais aussi que ne pas extérioriser ses sentiments intimes leur donne la pureté et la force d'un diamant....
Publié par sedenion à 18:30:03 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
Brunschvicg appelle aussi quelque part cette "vraie philosophie" de Spinoza (qui est en fait , non pas la prétendue "philosophia perennis" de pseudo-philosophes vrais mystiques, mais LA philosophie tout court, ou aussi LA religion tout court, seule propre à relier et unir les hommes au moyen de ce qui seul peut les réunir : la Raison, par opposition à l'instinct et au sentiment) : un christianisme de philosophes.
Il est évident qu'il n'aurait pas pu dire "christianisme" tout court, concernant un juif de naissance qui s'il s'est volontairement laissé expulser de la "nation juive", n'a pas cherché la conversion, ou plutôt pseudo-conversion, à un autre culte, même si certains groupes protestants jouent un rôle dans son évolution spirituelle.
Un christianisme de philosophes, cela pourrait tout aussi bien être appelé : un "Islam des philosophes et des savants", ou bien un "Islam des Lumières" (mais ayant fort peu à voir avec les montages et trucages de Bernard Henri Lévy, qui d'ailleurs a su se lier, pour la plus grande gloire de Mammon, avec Michel Houellebecq
), ou encore un "Islam spirituel", mais ayant là aussi fort peu à voir avec les élucubrations d'Henry Corbin ou Christian Jambet inspirés, ou mieux enivrés, de Sohravardi et des "néo-platoniciens de Perse" (qui n'ont rien retenu de Platon).
Oui, la religio philosophica, l'acheminement de l'âme vers le Dieu des philosophes et des savants, doit se garder, non seulement d'être édifiante, comme le notait Hegel, mais aussi et surtout de reprendre à son compte pour les régler les vieilles querelles entre chapelles qui ne sont que de vieilles lunes....même si elles menacent de faire succomber l'humanité dans une "guerre de religions" finale.
L'Islam ou le christianisme des philosophes dont nous parlons et parlerons ici est un culte sans livres sacrés (et surtout pas la Bible ou le Coran, ces fatras de supercheries et de superstitions), sans promesses, sans prières et sans "communauté de vrais croyants" (oumma)...tant il est vrai que l'on n'est le vrai fidèle que par rapport à l'infidèle, celui qu'il faut exterminer, celui que "Dieu reconnaitra " une fois que les pieux croyants l'auront égorgé !
la clarté dans la confusion, la confusion dans la clarté....tel était le programme que donnait à notre post-modernité chancelante Claude Lelouch en 1973, dans son film somptueux "L'aventure c'est l'aventure" (et dans lequel Lino Ventura et Jacques Brel, prémonitoires, nous annonçaient que "le capital c'est foutu"
).
Nous nous accorderons bien volontiers avec lui sur ce programme....mais s'il restait encore un peu de confusion non clarifiée, cédons encore une fois la parole à Brunschvicg : le Maitre dissipera sans aucun doute mieux que nous tout malentendu :
Dira-t-on
que nous nous convertissons à l'évidence du vrai lorsque
nous surmontons la violence de l'instinct, que nous refu-
sons de centrer notre conception du monde et de Dieu
sur l'intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d'une ambi-
tion fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper
aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour
respirer dans un monde sans Providence et sans prières,
sans sacrements et sans promesses ?
La clarté de l'alternative explique assez la résistance Ã
laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée
de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait
pas acception des personnes, un Dieu qui n'intervient pas
dans le cours du monde et en particulier dans les événe-
ments de notre planète, dans le cours quotidien de nos
affaires, « les hommes n'ont jamais songé à l'invoquer ».
Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle
de Dieu, il s'agît si peu du Dieu auquel pensent la plupart
des hommes que, si, par miracle, et contre l'avis des
philosophes. Dieu ainsi défini descendait dans le champ
de l'expérience, personne ne le reconnaîtrait»
Publié par sedenion à 16:37:20 dans DIEU | Commentaires (0) | Permaliens
"Il ne s'agit plus pour l'homme de se soustraire à la condition de l'homme. Le sentiment de notre éternité intime n'empêche pas l'individu de mourir, pas plus que l'intelligence du soleil astronomique n'empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s'installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l'instant du présent, qui permet d'intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l'expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l'avenir. Rien ici qui ne soit d'expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l'univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu'une personne dès que nous sommes capables de remonterà la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne".
Ces lignes sont extraites de "Raison et religion" de Léon Brunschvicg, qui est, avec "De la vraie et de la fausse conversion", son ouvrage le plus important du point de vue de la conversion religieuse qui est celui de ce blog (par contre pour ce qui est de la philosophie stricto sensu, ce sont plutôt les Etapes de la philosophie mathématique, le Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale ou la thèse initiale "Modalité du jugement" qui doivent être privilégiés).
Ces deux livres, et ce passage de quelques lignes qui en constitue l'un des moments cruciaux, prennent toute leur importance en cette période d'angoisse mortifère où l'humanité se demande où elle va....et surtout si elle va quelque part.
oui, nous vivons bien cette incarnation du "dernier homme qui sautille en clignant de l'oeil" tel que le décrivait Nietzsche de façon prémonitoire à la fin du 19 ème siècle.
Et la lecture de Nietzsche, comme celle d'autres "fracasseurs d'idoles", est absolument nécessaire comme préparation à la philosophie en tant que religion, en tant qu'acheminement de la conscience vers le Dieu des philosophes...tant il est vrai que "nous n'aurons pas tout détruit si nous ne démolissons même les ruines".
Car, en fin de compte, quelle est la cause réelle de tout ce désordre où nous sommes presque noyés, de tout ce nihilisme , ce "convive le plus inquiétant" ?
elle est d'ordre religieux !
C'est parce que l'humanité n'a pas su, ni pu, ni d'ailleurs voulu, se libérer du culte des idoles vermoulues, comme l'y invitait Marx, Freud ou Nietzsche, et même à sa façon Husserl, qu'elle s'est enlisée dans un mixte inédit de naturalisme utilitariste et de sentimentalisme humanitaire...le tout bien sûr sous la surveillance, ou complicité, des métaphysiques de la transcendance.
Redresser l'esprit, rendre au "roseau pensant" sa dignité d'être raisonnable, c'est refuser cet enlisement en réassumant la tâche infinie de l'autonomie de la conscience par la vérité de la science.
Le Dieu des philosophes et des savants est inconciliable avec les anciens dieux parce que seul il respecte cette dignité de l'esprit, en ceci notamment qu'il ne promet aucun "post mortem" : l'éternité brunschvicgienne ou spinoziste est promise, mais surtout acquise dès "ici bas", là où les concepts de transformation ont un sens.
il ne s'agit pas de réalisation illusoire dans un "coucouville des nuées" religieux, mais par une compréhension philosophique de ce qu'est le temps.
Publié par sedenion à 16:01:00 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
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"Thalès étant tombé dans un puits tandis que, occupé d'astronomie, il regardait en l'air, une petite servante de Thrace, toute mignonne et pleine de bonne humeur, se mit, dit-on, à le railler de mettre tant d'ardeur à savoir ce qui est au ciel, alors qu'il ne s'apercevait pas de ce qu'il avait devant lui et à ses pieds. Or, à l'égard de ceux qui passent leur vie à philosopher, le même trait de raillerie est assez bien à sa place" (Platon, Théétète 174a) "peut être la servante de Thrace avait-elle confondu la théorie des étoiles avec le culte de celles-ci, et avait à ce niveau tenu ses propres dieux pour les plus forts" (Hans Blumenberg) "la sagesse du philosophe qui s'est retiré du monde pour vivre dans l'imitation de Dieu a, comme contre-partie inévitable, la maladresse et la gaucherie qui le mettent hors d'état de s'appliquer aux affaires de la vie pratique, qui font de lui, comme jadis de Thalès, la risée d'une servante thrace (Théétète, 174a). Est il légitime de se résigner à cette séparation de la vertu philosophique et de la réalité sociale, qui s'est traduite, dans l'histoire d'Athènes, par des évènements tels que la condamnation de Socrate ? n'est ce point manquer à l'intérêt de l'humanité que de l'abandonner aux opinions absurdes et aux passions désordonnées de la multitude ? et la misanthropie n'est elle point, en définitive, un péché contre l'esprit au même titre que la misologie ? (Phédon, 89b)" (Léon Brunschvicg)
" Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l'éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l'humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l'évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l'instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l'intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d'une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ? La clarté de l'alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n'intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n'ont jamais songé à l'invoquer ». Or, remarque Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s'agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l'avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l'expérience, personne ne le reconnaîtrait» " (Léon Brunschvicg, "Raison et religion")
L'homme occidental, l'homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l'Occident n'a jamais produit, d'ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l'humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d'unité morale. Rien de plus souhaitable pour lui que la connaissance de l'Orient, avec la diversité presqu'infinie de ses époques et de ses civilisations. Le premier résultat de cette connaissance consistera sans doute à méditer les jugements de l'Orient sur l'anarchie et l'hypocrisie de notre civilisation, à prendre une conscience humiliante mais salutaire, de la distance qui dans notre vie publique comme dans notre conduite privée, sépare nos principes et nos actes. Et, en même temps, l'Occident comprendra mieux sa propre histoire: la Grèce a conçu la spéculation désintéressée et la raison politique en contraste avec la tradition orientale des mythes et des cérémonies. Mais le miracle grec a duré le temps d'un éclair. Lorsqu'Alexandre fut proclamé fils de Dieu par les orientaux, on peut dire que le Moyen Age était fait. Le scepticisme de Pyrrhon comme le mysticisme de Plotin ne s'explique pas sans un souffle venu de l'Inde. Les "valeurs méditérranéennes", celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d'origine et de caractère asiatique...... quant à l'avenir de l'Occident, il n'est pas ici en cause : une influence préméditée n'a jamais eu de résultats durables, et prédire est probablement le contraire de comprendre. Toute réflexion inquiète de l'Européen sur l'Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l'empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la raison occidentale, qui est la raison tout court, de faire surgir, ainsi que l'ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en chassant les imaginations matérialistes qui sont ce que l'Occident a toujours reçu de l'Orient
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