Il est malaisé de décider si l'armée des vivants peut avoir l'espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée Bergson, de "culbuter la mort"; mais, puisque le salut est en nous, n'est il pas assuré que l'armée des esprits débouche dans l'éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d'éternité sa stricte signification d'immanence radicale ?
... il ne s'agit plus pour l'homme de se soustraire à la condition de l'homme. Le sentiment de notre éternité intime n'empêche pas l'individu de mourir, pas plus que l'intelligence du soleil astronomique n'empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s'installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l'instant du présent, qui permet d'intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l'expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l'avenir. Rien ici qui ne soit d'expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l'univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu'une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne....
ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l'homme lui-même, le progrès de notre réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l'intelligence et l'amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l'atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l'image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l'effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l'humanité de l'idée qu'elle s'est formée d'elle-même.
Si les religions sont nées de l'homme, c'est à chaque instant qu'il lui faut échanger le Dieu de l'homo faber, le Dieu forgé par l'intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l'homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d'aimer, qui menace d'en restreindre l'espérance et d'en limiter l'horizon.
Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l'égoïsme inhérent à l'instinct naturel, que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d'humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu'à enrichir le trésor commun !»
«Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n'est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n'est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l'Évangile, il faut aller jusqu'à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n'a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.
Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour, l'unique vérité dont Dieu ait à nous instruire.»
Léon Brunschvicg
"Si Goethe n'atteint pas l'intellection des rapports purifiés d'images, c'est qu'il est poète avant tout et que le poète ne peut s'évader du monde des images qui est le royaume de l'enfance humaine. Religion, art, poésie sont les premiers modes de la pensée s'évadant de l'animalité. La science est le stade le plus tardif dans la chronologie des civilisations; c'est un stade que toutes n'atteignent pas, et auquel l'art et la religion s'opposent le plus souvent parce que la sensibilité fixée aux images rejoint difficilement la pure sensibilité intellectuelle attachée aux rapports sans représentation sensible. Cette conversion de la sensibilité est une des étapes qu'il faut franchir pour convertir la conscience sensible en conscience intellectuelle. Du physiologique au physique, de l'instinct à l'intelligence, du vécu au pensé, la conscience convertie ne garde que le rapport de correspondance détaché des objets sensibles et des images poétiques qui génèrent l'émotion, comme la numération a retenu la correspondance entre les doigts d'une main et les objets à compter. Ainsi séparée des sens et de leur univers, l'intelligence retrouve à sa source le pouvoir unifiant éternellement actuel par lequel toutes choses sont perpétuellement liées, déliées et reliées. Dans ce nouvel univers l'esprit dissout les corps en mouvements, la lumière et les sons en radiations, les forces en relations de chocs, et, sans quitter la discipline du vrai inscrite dans son incessant travail de vérification, les combine à l'infini. Alors, dans cette immanence créatrice, les deux univers Pascaliens n'en font plus qu'un, le grand et le petit se sont évanouis avec les images et le Bien comme le Beau adhèrent intimement à l'unique notion de Vérité. Le règne humain est atteint. Le corps et ses désirs a disparu avec les images et pourtant la correspondance est conservée avec l'activité fonctionnelle la plus élémentaire. Le grand circuit intellectuel enveloppant le corps et son univers a rejoint l'immanence vitale qui donne une réalité passagère aux phénomènes, de la même façon que la musique la plus exactement purifiée atteint, par son ascèse même, l'émoi organique le plus fondamental." Marie-Anne COCHET
Permettez donc pour un peu de temps à votre pensée de sortir hors de ce Monde pour en venir voir un autre tout nouveau que je ferai naître en sa présence dans les espaces imaginaires. Les Philosophes nous disent que ces espaces sont infinis et ils doivent bien en être crus puisque ce sont eux-mêmes qui les ont faits. Mais afin que cette infinité ne nous empêche et ne nous embarrasse point, ne tâchons pas d'aller jusqu'au bout; entrons y seulement si avant que nous puissions perdre de vue toutes les créatures que Dieu fit il y a cinq ou six mille ans
L'humanité de ce début du 21 ème siècle se trouve, pour la première fois de son histoire, face à l'Abîme, dans une situation de sursis qui se prolongera sans doute indéfiniment : depuis le 6 août 1945, nous sommes passés à deux doigts de la destruction totale, et ce plus d'une dizaine de fois .
Cet état de fait peut sembler terrible et écrasant, invitant à la fuite en avant et à l'autodestruction finale, d'une façon analogue à l'alcoolique qui a tellement peur de la rechute qu'il boit un verre pour ne plus avoir peur d'en boire un, justement, et consommer le désastre dans une jouissance rageuse et mortelle.
Mais il est aussi susceptible d'une autre interprétation : l'homme (c'est à dire nous tous, hommes et femmes, qui vivons ou vivrons sur cette planète après 1945) a conquis grâce à la science moderne née au 17 ème siècle européen des pouvoirs immenses sur la Nature, bien supérieurs à ceux de l'antique magie, propre aux sociétés primitives d'avant la science, des pouvoirs qui dans les anciennes mythologies auraient été réservés aux "dieux".
S'il ne veut pas périr , il lui faut être à la hauteur de ses pouvoirs et des responsabilités qui en dérivent.
Il lui faut donc se faire "Dieu", se déifier.
Mais qu'est ce que cela veut dire : se déifier ?
Dieu est Esprit, Raison, Logos : telle est l'unique leçon que nous retenons de l'Evangile.
Se déifier, cela signifie donc : élever sa pensée propre à la hauteur de la Pensée Infinie qui est Dieu.
Un tel acte de pensée , nous le nommons, en empruntant avec quelques raisons pensons nous ce terme à Descartes : Mathesis universalis.
L'homme se déifiant dans un processus infini d'acheminement de l'âme vers la Raison pure, n'est donc pas un "autre" que Dieu : nous sommes Dieu envisagé (s'envisageant) dans le temps.
Oui, nous sommes Dieu, mais nous sommes aussi le cobaye universel : cela nous donne en plus quelques droits...
Le Temps est la Mathesis universalis existant empiriquement.
Celle-ci ne doit pas être confondue avec la mathématique , ou la science , qui en est le résultat : elle est l'activité pure de pensée qui en est la condition de possibilité.
Et nous pensons ici que puisque la théorie des nombres (l'arithmétique) est la reine des disciplines mathématiques, et que la mathématique est la reine des sciences, alors c'est là, au coeur même de l'activité intellectuelle-spirituelle qui constitue le monde dans sa réalité ultime, que la Mathesis universalis comme acheminement vers l'Esprit doit être cherchée avant tout .
Les Nombres ne sont autres que les Idées de Platon.
Voici quelques blogs que j'ai créés , et où cette activité de pensée est développée à un rythme plus ou moins régulier:
http://mathesisuniversalis.multiply.com
http://mathesisuniversalis.blogg.org
http://principiatoposophica.blogg.org
Wendelin Werner est professeur de mathématiques à l'Université Paris-Sud (Orsay) et à l'Ecole Normale Supérieure. Il est titulaire de la médaille Fields 2006 et est membre de l'Académie des sciences.
«Je ne pensais pas un jour me retrouver dans la situation qui est la mienne aujourd'hui, à savoir écrire une lettre ouverte au président de la République française : ce qui m'intéresse avant tout, et ce à quoi j'ai choisi de consacrer ma vie professionnelle, c'est de réfléchir à des structures mathématiques, d'en parler avec mes collègues en France et à l'étranger et d'enseigner à mes étudiants. J'ai eu le privilège de voir mes travaux aboutir et récompensés par un prix important. Cela me donne une certaine responsabilité vis-à -vis de ma communauté et me permet aussi d'être un peu plus écouté par les médias et le pouvoir politique.Comme le montre le sociologue allemand Max Weber dans son diptyque Le Savant et le Politique, auquel Barack Obama s'est d'ailleurs implicitement référé dans son discours d'investiture, nous devons partager une même éthique de la responsabilité. C'est au nom de celle-ci que je m'adresse aujourd'hui à vous.
Vous ne mesurez peut-être pas la défiance quasi unanime à votre égard qui s'installe dans notre communauté scientifique. L'unique fois où nous avons pu échanger quelques mots, vous m'avez dit qu'il était important d'arriver à se parler franchement, au-delà des divergences, car cela fait avancer les choses. Permettez-moi donc de nouveau de m'exprimer, mais de manière publique cette fois.
Je m'y sens aussi autorisé par l'extrait suivant du discours que vous aviez prononcé il y a un an lors de votre venue à Orsay pour célébrer le prix Nobel d'Albert Fert : "La tâche est complexe, et c'est pourquoi j'ai voulu m'entourer des plus grands chercheurs français, dont vous faites partie, pour voir comment on pouvait reconfigurer notre dispositif scientifique et lui rendre le pilotage le plus efficace possible. Je les consulterai régulièrement, ces grands chercheurs, et je veux entendre leurs avis." Je vous donne donc mon avis, sans crainte et en toute franchise.
Votre discours du 22 janvier a, en l'espace de quelques minutes, réduit à néant la fragile confiance qui pouvait encore exister entre le milieu scientifique et le pouvoir politique. Il existait certes, déjà , une réaction hostile d'une partie importante de notre communauté aux différents projets mis en place par votre gouvernement et leur motivation idéologique. Mais c'est uniquement de votre discours et de ses conséquences dont je veux parler ici.
Tous les collègues qui l'ont entendu, en direct ou sur Internet, qu'ils soient de droite ou de gauche, en France ou à l'étranger (voir la réaction de la revue Nature), sont unanimement catastrophés et choqués. De nombreuses personnes présentes à l'Elysée ce jour-là m'ont dit qu'elles avaient hésité à sortir ostensiblement de la salle, et les réactions indignées fleurissent depuis.
Rappelons que vous vous êtes adressé à un public comprenant de nombreux scientifiques dans le cadre solennel du palais de l'Elysée. Je passerai sur le ton familier et la syntaxe approximative qui sont de nature anecdotique et ont été suffisamment commentés par ailleurs. Lorsque l'on me demande à quoi peut servir une éducation mathématique au lycée pour quelqu'un dont le métier ne nécessitera en fait aucune connaissance scientifique, l'une de mes réponses est que la science permet de former un bon citoyen : sa pratique apprend à discerner un raisonnement juste, motivé et construit d'un semblant de raisonnement fallacieux et erroné.
La rigueur et le questionnement nécessaires, la détermination de la vérité scientifique sont utiles de manière plus large. Votre discours contient des contrevérités flagrantes, des généralisations abusives, des simplifications outrancières, des effets de rhétorique douteux, qui laissent perplexe tout scientifique. Vous parlez de l'importance de l'évaluation, mais la manière dont vous arrivez à vos conclusions est précisément le type de raisonnement hâtif et tendancieux contre lequel tout scientifique et évaluateur rigoureux se doit de lutter.
Nous sommes, croyez-moi, très nombreux à ne pas en avoir cru nos oreilles. Vous, qui êtes un homme politique habile, et vos conseillers, qui connaissent bien le monde universitaire, deviez forcément prévoir les conséquences de votre discours. Je n'arrive pas à comprendre ce qui a bien pu motiver cette brutalité et ce mépris (pour reprendre les termes de Danièle Hervieu-Léger, la présidente du comité que vous avez mis en place ce jour-là ), dont l'effet immédiat a été de crisper totalement la situation et de rendre impossible tout échange serein et constructif. De nombreux étudiants ou collègues de premier plan, écoeurés, m'ont informé durant ces quinze derniers jours de leur désir nouveau de partir à l'étranger. J'avoue que cela m'a aussi, un très court instant, traversé l'esprit en écoutant votre intervention sur Internet.
Le peu de considération que vous semblez accorder aux valeurs du métier de scientifique, qui ne se réduisent pas à la caricature que vous en avez faite - compétition et appât du gain -, n'est pas fait pour inciter nos jeunes et brillants étudiants à s'engager dans cette voie. La ministre et vos conseillers nous assurent depuis plus d'un an que vous souhaitez authentiquement et sincèrement aider la recherche scientifique française. Mais vous n'y parviendrez pas en l'humiliant et en la touchant en son principe moteur : l'éthique scientifique.
Comme vous l'expliquez vous-même, la recherche scientifique doit être une priorité pour un pays comme la France. En l'état actuel des choses, il ne semble plus possible à votre gouvernement de demander à la communauté scientifique de lui faire confiance.
De nombreux collègues modérés et conciliants expriment maintenant leur crainte d'être instrumentalisés s'ils acceptent de participer à une discussion ou à une commission. Les cabinets de la ministre de la recherche et du premier ministre ont certainement conscience de l'impasse dans laquelle vous les avez conduits. J'ai essayé de réfléchir ces derniers jours à ce qui serait envisageable pour sauver ce qui peut encore l'être et sortir de l'enlisement actuel.
Un début de solution pourrait être de vous séparer des conseillers qui vous ont aidé à écrire ce discours ainsi que de ceux qui ne vous ont pas alerté sur les conséquences de telles paroles. Ils sont aussi responsables de la situation de défiance massive dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, et que votre intervention du 22 janvier a cristallisée.
Ils ont commis, à mon sens, une faute grave et c'est votre propre dogme que toute faute mérite évaluation et sanction appropriée. Cela permettrait à notre communauté de reprendre quelque espoir et de travailler à améliorer notre système dans un climat apaisé, de manière moins idéologique et plus transparente.
Il est, pour moi, indispensable de recréer les conditions d'un véritable dialogue. L'organisation de la recherche et de l'enseignement supérieur est certes un chantier urgent mais, comme vous l'aviez noté il y a un an, il est d'une extrême complexité. Sa réforme demande de l'intelligence et de la sérénité. Il n'appartient qu'à vous de corriger le tir. »
impossible de rien ajouter après cette lettre qui donne une illustration fidèle de la noblese de l'esprit ! c'est beau ! et ce n'est pas "mérité" par le "destinataire" ! mais peu importe ! la confiance est définitivement brisée entre le monde de l'esprit (pas seulement de la science) et celui du "pouvoir", ou même de l'économie, mais peu importe !
seule compte la vérité, alliée à la beauté , c'est à dire ici à la simplicité des moyens utilisés : on sent à l'oeuvre l'ascétique formelle des "mathématiques sévères"! et nous en avons là un exemple éternel !
Publié par sedenion à 18:23:36 dans actualité | Commentaires (0) | Permaliens
J'ai revu ce matin ce film magnifique, ce chef d'oeuvre...
on reconnait les véritables chefs d'oeuvre universels à ceci qu'on y trouve de plus en plus de choses à chaque relecture, ou à chaque nouvelle vision....
Le commentaire à propos du film sur le site suivant :
http://www.cineclubdecaen.com/realisat/bergman/septiemesceau.htm
est assez sommaire mais place l'oeuvre dans sa juste perspective, qui est religieuse et gnostique...
Le chevalier Antonius Block, magistralement interprété par Max Von Sydow (en 1957) est de retour de dix ans de Croisades avec son écuyer, Jöns (dix ans, c'est un chiffre mythique, une totalité de durée, un cycle, en somme c'est un peu comme Ulysse s'en retournant chez lui après 10 ans de siège contre Troie : mais il lui faudra errer encore 10 ans sur les mers).
Tous deux ont donc compris, puisque ce sont deux nobles (de noblesse intérieure, la seule véritable) personnages, qu'il n 'y a pas de Terre sainte, pas de peuple élu ni de culte d'exception, et donc que les anciens récits (ceux de l'Ancien Testament) sont des impostures. Tel est le seul résultat des Croisades, et c'est déjà un résultat considérable, encore que négatif, dans la marche de l'humanité vers la vérité...
Mais Antonius Block reste "chrétien" par la foi (croit il) et par la "recherche de la connaissance" : il veut comprendre, connaître la fin mot de l'énigme de l'existence, et "voir Dieu face à face", selon ses propres termes , que je recopie ici :
«Je suis pris de dégoût et d'épouvante. Mon mépris des hommes m'a rejeté de leur communauté. Je vis dans un monde fantôme prisonnier de mes rêves ...
Est-ce si impossible de comprendre Dieu avec ses sens ? Pourquoi se cache-t-il derrière des promesses à demi articulées et des miracles invisibles ? Qu'advient-il de nous si nous voulons croire mais nous ne le pouvons pas ? Pourquoi ne puis-je pas tuer Dieu en moi ? Pourquoi continue-t-il de vivre de façon douloureuse et avilissante ? Je veux le chasser de mon cœur. Je veux savoir, pas croire. Pas supposer mais savoir. Je veux que Dieu me tende la main, qu'Il me dévoile son visage et qu'Il me parle.....
Des ténèbres, je crie vers lui mais il n'y a personne
Alors la vie est une crainte insensée. On ne peut vivre face à la mort et au néant de tout.
ma vie durant j'ai cherché, erré, discouru. Tout était dénué de sens, ça n'a rimé à rien, je le dis sans amertume ni contrition parce que je sais qu'il en est de même pour tous. Je veux utiliser ce délai a quelque chose qui ait un sens »
ce "délai" dont il parle, c'est la Mort qui le lui a consenti : elle est venue le prendre, mais il lui propose une partie d'échecs, et tant q'eulle ne l'aura pas vaincu, il continuera à vivre...
mais la Mort est une habile tacticienne , on le sait !
et finalement elle gagnera, et viendra le prendre, lui, son écuyer et quelques compagnons, dans sa demeure où il aura finalement retrouvé son épouse vieillie qui l'attendait pour mourir avec lui....
ses derniers mots seront :
"je suis si las"
et, lorsque la Mort se présentera au château pour les emporter tous dans une danse macabre vers la région des ombres, il ne trouvera comme ressource que de prier Dieu (le faux Dieu, l'Idole des religions dites monothéistes, celui qui se soucierait de nous individuellement et que l'on pourrait "voir en face à face après la mort ", selon les fausses promesses de l'imposteur Saint Paul) d'avoir pitié d'eux...
par contre son écuyer Jöns, qui représente le scepticisme athée et nihiliste, tirera la conclusion juste à sa place : "tu n'as pas trouvé la connaissance" (sous entendu : car il n'y a pas de connnaissance, pas de Dieu, rien que le néant"
et rendra les armes face à la Mort de façon virile et courageuse : sans prier, et sans demander pitié !
D'ailleurs, au cours de leur dernier entretien, à la fin de la partie d'échecs, la Mort lui aura dit la seule "vérité" qu'elle puisse dire : "je ne sais rien....je ne peux pas répondre à ta quête de sens et de vérité".
Ce qui est la vérité même, de laquelle Spinoza tirait la conclusion pratique pour ceux qui se soucient de connaissance: il ne faut penser à rien moins qu'à la mort...
"la mort, ce peu profond ruisseau calomnié"....
Oui, Jöns incarne le scepticisme, mais il est facile de lui répondre : car dire "il n'y a que le néant" est une phrase auto-réfutante!
c'est dire : "Il y a ceci qu'il n'y a rien !"
s'il y a le néant, c'est qu'il y a quelque chose, donc le néant est une notion contradictoire !
ce qu'avait déjà trouvé Parménide à l'aube de l'odyssée de la sagesse occidentale : l'Etre est, le Néant n'est pas.
Mais l'Etre en tant qu' Etre ne répond pas à notre aspiration profonde, qui est en effet de comprendre, et de savoir...non pas croire mais savoir ! telle est l'irréductible "identité" de l'Occident qui a été chrétien !
L'action se passe au Moyen age, quelques siècles avant que la Vérité, c'est à dire le Dieu des philosophes, ne fasse irruption sur la scène de la conscience occidentale chez Descartes, puis Spinoza.
mais sans Descartes, pas de Spinoza...et sans Montaigne pas de Descartes...
je ne peux trouver meilleure illustration philosophique que de faire correspondre à l'écuyer sceptique, courageux et érudit Jöns : Montaigne !
et la tragédie d'Antonius Block est qu'il ne peut être associé, même en rêve, à Descartes : et pourtant sa soif de connaissance réclamerait rien moins que Descartes pour trouver satisfaction !
Car la tragédie de ces hommes valeureux du Moyen age est qu'ils ne trouvaient, pour répondre à leur soif de spiritualité, c'est à dire de savoir et de connaissance, que la fausse sagesse scolastique, celle que Descartes a renversée, ou que la croyance et la foi.
Or jamais la foi ne pourra répondre à l'angoisse fondamentale de l'homme : car soit la foi est "vérifiée" (pendant la vie, ça vaut toujours mieux !) et alors elle devient connaissance , raison et science, soit elle ne l'est pas et alors elle laisse toujours transparaître l'angoisse : et si tout cela (l'au delà , le jugement dernier, le paradis, l'enfer, la résurrection) n'était que des contes de nourrice ?
La première perspective de la sagesse occidentale, c'est bien Montaigne, cet homme , cet écrivain, cet érudit, et ce penseur admirable.
Mais, comme le dit fort justement Brunschvicg :
"depuis Descartes on ne peut plus dire que la vérité d'Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives"
Cette critique, héritée de Montaigne, Descartes en a tiré les leçons :
"sortir de la sujétion des précepteurs, s'abstenir de lire des livres (inutiles) ou de fréquenter des gens de lettres, rouler ça et là dans le monde, spectateur plutôt qu'acteur de toutes les comédies qui s'y jouent"
ou encore : " regardant d'un oeil de philosophe les diverses actions et entreprises de tous les hommes, il n'y en a quasi aucune qui ne me semble vaine et inutile"
mais ce ne seront encore que les conditions d'une ascétique formelle.... absolument nécessaire certes, mais vaine, elle aussi, si elle ne mène pas à son dépassement vers le savoir véritable.
Car dit Brunschvicg :
"A quoi bon avoir conquis la liberté de l'esprit, si l'on n'a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit, ou dira Pascal, un ignorant; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu'un intérêt de curiosité....
l'homme intérieur demeure pour lui l'individu, réduit à l'alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l'âge fait de plus en plus mélancolique, sur «la petite histoire de son âme».
Or, quand Descartes raconte à son tour «l'histoire de son esprit» (dans le Discours de la méthode) une tout autre perspective apparaît :
la destinée spirituelle de l'humanité s'engage, par la découverte d'une méthode d'intelligence"
On ne peut mieux dire, mieux expliquer l'impuissance ressentie et réelle d'Antonius Block et de son écuyer, comme de tous les sceptiques ou tous les hommes de foi sincère nés avant la science, et avant la vraie philosophie, qui est celle de Descartes et Spinoza, qui vient ranimer le spiritualisme pur de l'idée que Platon avait pressenti.
Au fond, Antonius Block, le chevalier, est dans un "entre-deux" misérable : il ne peut accepter le scepticisme qui est celui de son écuyer, celui qui chante que l'on n'est bien "qu'entre les cuisses d'une putain" 

mais il n'a plus la foi du charbonnier, celle du roc inébranlable, sinon, il accepterait dès le début que la Mort le prenne, puisque son heure est venue, et que c'est Dieu qui le veut (qui d'autre ? rappelons nous : "il n'est pas un cheveu qui ne tombe de ma tête si ce n'est la volonté de mon Père") ; et il ne proposerait pas à la Mort une partie d'échec dans le seul but d'obtenir un court délai...
un délai pour quoi d'ailleurs ? selon la Foi, Dieu sauve qui il veut, et damne les autres...tout est joué ! "tout est consommé", comme l'admet la sourde muette qui figure parmi les compagnons du chevalier, face à la mort, à la fin, parlant pour la première fois...
mais Antonius ne cherche pas le salut de la foi (c'est à dire de la superstition, de ceux qui croient à un au delà de la tombe), mais celui de la connaissance, ici et maintenant : il est philosophe dans un monde où la philosophie s'est perdue, recouverte et presqu'éteinte sous l'entassement des mythes orientaux.
Jusqu'à son réveil par Descartes...
alors ce délai, n'a t'il aucune signification ?
Si ! car Block ne trouve pas la connaissance, et mourra en homme de prière, pas en homme de savoir... mais il sera, pendant ces quelques jours de délai, aux côtés de la jeune sorcière que les moines et soldats brûlent vive sur le bûcher... il assistera cette pauvre femme, qui ne comprend rien elle non plus, et croit à l'existence réelle du Diable, qui pense t'elle va la scourir, lui éviter de souffrir...mais c'est Block qui donnera à cette malheureuse les herbes qui endormiront sa sensibilité et lui épargneront les horribles tourments du bûcher....et il lui demandera , avant qu'elle ne meure, s'il y a moyen de rencontrer le dialbe, car il voudrait que celui ci le renseigne à propos de Dieu !
telles étaient les croyances de ces hommes et des ces femmes, avant que la lumière de la Vérité n'illumine la terre bénie d'Europe, au 16 ème-17 ème siècle...
mais soulager les derniers instants d'une pauvre femme effrayée, impuissante face aux immondes fanatiques qui la brûilent vive, effrayés eux aussi par l'épidémie de peste qui emporte tout le monde, ce n'est pas rien !
ving ans plus tard,en 1977, Bergman tournera "L'oeuf du serpent", qui se passe à Berlin en 1923, un film où la peur et la terreur suinte de tous les plans, toutes les images...
la peste bubonique du Moyen age, la peste brune des années 20 en Allemagne.... la peur... l' impuissance... le manque total de perspective sur l'avenir...
n'est ce pas là où encore une fois nous en sommes, nous les hommes et les femmes de 2009 ?
Je ne saurais trouver meilleure conclusion que la fameuse gravure de Dürer : "Le chevalier, la mort et le diable"

Publié par sedenion à 18:46:16 dans DIEU | Commentaires (0) | Permaliens
On peut ouvrir au hasard n'importe quel livre de Brunschvicg, on trouvera toujours quelque chose de neuf, qui nous "sauvera" en quelque sorte de notre enlisement dans la nullité moderne, ou plutôt post-moderne, et nous apprendra quelque chose d'important sur l'existence et donc sur nous mêmes.
J'ai trouvé ceci, dans l'avertissement (datant de 1904) de la seconde édition du livre : "Introduction à la vie de l'esprit", et qui illumine le difficile problème de la différence entre vie consciente et vie spirituelle. Je précise aussi que l'expression "moi spirituel" que j'ai utilisée consciemment dans le titre se trouve souvent dans la littérature de type théosophique ou anthroposophique, bref, et plus largement : occultiste.
C'est voulu ; tout n'est pas à jeter dans l'anthroposophie, il faut simplement faire un effort de discrimination entre le bon grain (philosophique, celui que l'on trouve par exemple dans "La philosophie de la liberté" de Steiner) et l'ivraie occultiste et "ésotérique" (celle des "corps supérieurs" par exemple : corps astral, mental, causal, bouddhique, atmique, etc...et autres balivernes); je n'hésite pas à le dire : il faut sauver les soldats Ryan
innombrables perdus dans ces marais et ces sables mouvants occultistes , création de ceux qui ont renoncé à l'effort de démonstration et de rationalité et ont inventé de toutes pièces des "facultés supérieures à la raison", facultés jaillissant on ne sait trop comment (et pour cause ! elles n'existent pas !) de "méditations" patiemment pratiquées pendant des années (très nombreuses, forcément
) ... malgrès mon éducation scientifique (ou peut être à cause d'elle ?
) j'ai été l'un de ces soldats perdus dans les sables mouvants de la kabbale, du soufisme, de l'anthroposophie ou du Zen, pendant de trop nombresues années, jusqu'à ce que je sois redressé, relevé, et sauvé, il y a une quinzaine d'années, par la lecture de Brunschvicg et de Badiou. Et si je me suis éloigné aujourd'hui de la doctrine de Badiou, je lui resterai éternellement reconnaissant, car sans lui, et sans Brunschvicg, je serais encore assis à méditer sur mon coussin ou à me prosterner sur mon tapis de pière, ou à participer à je ne sais quels stages de tantrisme, de zen ou d'anthroposophie (quoique le tantrisme, ça puisse avoir du bon, si l'enseignante est jolie 

).
D'ailleurs l'explication par Brunschvicg (en 1904, année où Steiner avait déjà dérapé dans la théosophie ) de la nature de ses intentions dans "Introduction à la vie de l'esprit" révèle cela de manière bien plus limpide (on notera les mots "science de l'esprit", qui sont aussi ceux employés par Steiner pour caractériser l'anthroposophie, mais il n'y a sans doute aucun lien conscient : Brunschvicg ne perdait pas son temps avec ce qu'il appelait "les bas-fonds de l'occulte"):
"S'agit il d'une étude préliminaire à la constitution d'une science de l'esprit, ou d'une initiation à une vie supérieure que le commun des mortels ne soupçonnerait pas ? ni l'un ni l'autre répondrions nous. Nous n'avons eu ni la prétention d'enseigner ni celle de révéler"
tout est dit en quelques mots : initiation et révélation , propres aux fadaises occultistes , ésotériques ou mystiques, sont définitvement écartées.
Et pourtant il y a bien "initiation", d'une certaine façon, puisque la "philosophie véritable" (celle de Brunschvicg et quelques autres) doit élever la conscience au dessus du règne du sens commun , des croyances et préjugés collectifs, pour la mener vers la "seconde naissance" le sanctuaire intime de la pensée progressant indéfiniment vers "Dieu". Mais cette "initiation" n'a rien à voir avec les impostures religieuses ou occultes : elle est entièrement du côté des idées claires, et ne sépare aucunement ceux qui en sont bénéficiaires du reste de l'humanité; au contraire elle fait tomber toute séparativité (illusoire, puisque dûe aux religions tribales). Voici trois traités de cette "initiation" à la philosophie et à la raison , la seule véritable : le Traité de la réforme de l'entendement de Spinoza, le Discours de la méthode de Descartes, et l'Introduction à la vie de l'esprit de Brunschvicg...ici la philosophie nous fait la courte échelle pour nous procurer une voie d'accès facile et sûre jusqu'à elle...et nous devons avoir un sentiment de gratitude infinie envers elle, ainsi qu'envers ses trois fidèles serviteurs que je viens de nommer...
C'est ce que précise Brunschvicg d'ailleurs, à propos de ses intentions :
"il nous a seulement semblé qu'il était utile d'avertir, de signaler l'existence des problèmes, d'indiquer où l'homme en trouverait directement la solution : dans le progrès continu de l'activité qui le constitue comme être pensant"
Mais ici se lève une difficulté : si la vie spirituelle et religieuse n'est aucunement située au delà de la compréhension et de la raison humaine, dans un mystérieux monde intelligible ou "supérieur" , y a t'il besoin d'un livre à son propos ?
oui car la vie spirituelle passe généralement inaperçue (c'est pour cela que si nombreux sont ceux qui la cherchent là où elle n'est pas et ne peut être, dans l'imagination de mystères supra-rationnels), justement parce qu'elle est en quelque sorte "trop proche", et trop évidente, exactement comme la lettre volée dans le récit d'Edgar Allan Poe, qui était cachée et introuvable justement parce qu'elle avait été mise là où personne n'aurait l'idée de la chercher : bien en évidence !
puisque la vie spirituelle se trouve dans l'immanence radicale ! ("dans le coeur" disent les maitres ésotériques, mais l'expression est dangereuse car ambigüe)..
et c'est ici que Brunschvicg donne sa petite "expérience de pensée", qui éclaire et illumine le problème de la nécessaire discrimination entre "psychologique" et "spirituel" (un problème qu'un imposteur comme René Guénon contribue à rendre insoluble en le dissimulant sous le rideau de fumée d'une "Tradition" imaginaire):
"Des enfants sont réunis; on apporte la tarte à partager entre eux ; chacun songe immédiatement à la part qu'il aura et 'sil est oublié, il ne manquera point de s'en apercevoir.
qu'on demande à l'un d'eux de faire le compte des assistants, il arrivera le plus souvent qu'il se trompera d'une unité : il n'aura point pensé à se compter lui même, et il faudra presque toujours qu'il soit averti de ne point s'oublier.
D'où vient cette différence remarquable ? sinon que l'enfant a pris deux attitudes différentes : là il est un objet qui doit être compté; ici au contraire il est le sujet qui compte.
Dans la première attitude , étant un individu parmi d'autres individus, il a naturellement le sentiment de son moi. Dans la seconde attitude , étant un esprit concevant le milieu auquel ce moi se rapporte, il peut paraître ne plus exister à ses propres yeux, de même qu'au théâtre il nous arrive d'oublier où nous sommes...
en d'autres termes, dans l'état où est l'évolution de notre espèce, nous prenons spontanément conscience de notre vie individuelle; mais la conscience de notre vie spirituelle requiert un effort nouveau de réflexion"
Il me semble qu'il n'y a plus rien à ajouter, tant cette petite "expérience" parle d'elle même....
mais je voudrais juste souligner les implications politiques de ces idées, cruciales par les temps qui courent...
les "libéraux" de droite ont raison de faire reproche à la "gauche" de berner les gens , en leur faisant crorie que le "partage des richesses" serait la solution au problème de la pauvreté....
la gauche voudrait partager un gâteau supposé "fixe", que ce "gâteau" soit la "richesse collective", ou bien le "temps de travail"; la droite affirme qu'il faut d'abord augmenter le volume du gâteau, et qu'ainsi tout le monde aura une part plus grande.
Mais la droite oublie simplement que le volume n'est pas extensible à l'infini, à cause des contraintes de l'environnement...
et surtout, plus profondément : les deux adversaires (qui n'en sont pas vraiment, partageant les mêmes présupposés matérialistes) enferment l'humanité dans l'idée que le sens de l'existence c'est de manger un gâteau !
(je n'ai rien contre les gâteaux ni contre les menus plaisirs de la vie, à condition de les maintenir à leur place)..
or, suggérer que "tout est du gâteau", c'est nier, et rendre impossible l'accès à la vie spirituelle !
c'est enfermer l'humanité dans le désespoir et le nihilisme, en lui rendant impossible l'ascension vers la pensée pure qui est le Dieu des philosophes et des savants !
là saute aux yeux le caractère démoniaque du sarkozysme, comme d'ailleurs du faux socialisme et du faux communisme contemporains !
et Sarkozy peut bien après aller se faire photographier à la messe autant qu'il voudra, ou proclamer que la religion possède une fonction essentielle de "donner du sens" dans une société de plus en plus désespérante et destructrice de tout ce qui est humain (à qui la faute ?), il ne fait lui aussi que dissimuler ses actions véritables , qui sont de nature criminelle, derrière un rideau de fumée pseudo-religieux.
Car la religion dont il parle, qu'elle se nomme catholique, musulmane ou juive, c'est l'idolâtrie... qui a mené jusqu'à nous, à notre enfermement planétaire et mondialisé dans le nihilisme païen (se prétendant monothéiste) ou athée.
Publié par sedenion à 17:22:27 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
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Publié par sedenion à 09:29:35 dans actualité | Commentaires (0) | Permaliens
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"Thalès étant tombé dans un puits tandis que, occupé d'astronomie, il regardait en l'air, une petite servante de Thrace, toute mignonne et pleine de bonne humeur, se mit, dit-on, à le railler de mettre tant d'ardeur à savoir ce qui est au ciel, alors qu'il ne s'apercevait pas de ce qu'il avait devant lui et à ses pieds. Or, à l'égard de ceux qui passent leur vie à philosopher, le même trait de raillerie est assez bien à sa place" (Platon, Théétète 174a) "peut être la servante de Thrace avait-elle confondu la théorie des étoiles avec le culte de celles-ci, et avait à ce niveau tenu ses propres dieux pour les plus forts" (Hans Blumenberg) "la sagesse du philosophe qui s'est retiré du monde pour vivre dans l'imitation de Dieu a, comme contre-partie inévitable, la maladresse et la gaucherie qui le mettent hors d'état de s'appliquer aux affaires de la vie pratique, qui font de lui, comme jadis de Thalès, la risée d'une servante thrace (Théétète, 174a). Est il légitime de se résigner à cette séparation de la vertu philosophique et de la réalité sociale, qui s'est traduite, dans l'histoire d'Athènes, par des évènements tels que la condamnation de Socrate ? n'est ce point manquer à l'intérêt de l'humanité que de l'abandonner aux opinions absurdes et aux passions désordonnées de la multitude ? et la misanthropie n'est elle point, en définitive, un péché contre l'esprit au même titre que la misologie ? (Phédon, 89b)" (Léon Brunschvicg)
" Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l'éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l'humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l'évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l'instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l'intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d'une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ? La clarté de l'alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n'intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n'ont jamais songé à l'invoquer ». Or, remarque Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s'agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l'avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l'expérience, personne ne le reconnaîtrait» " (Léon Brunschvicg, "Raison et religion")
L'homme occidental, l'homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l'Occident n'a jamais produit, d'ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l'humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d'unité morale. Rien de plus souhaitable pour lui que la connaissance de l'Orient, avec la diversité presqu'infinie de ses époques et de ses civilisations. Le premier résultat de cette connaissance consistera sans doute à méditer les jugements de l'Orient sur l'anarchie et l'hypocrisie de notre civilisation, à prendre une conscience humiliante mais salutaire, de la distance qui dans notre vie publique comme dans notre conduite privée, sépare nos principes et nos actes. Et, en même temps, l'Occident comprendra mieux sa propre histoire: la Grèce a conçu la spéculation désintéressée et la raison politique en contraste avec la tradition orientale des mythes et des cérémonies. Mais le miracle grec a duré le temps d'un éclair. Lorsqu'Alexandre fut proclamé fils de Dieu par les orientaux, on peut dire que le Moyen Age était fait. Le scepticisme de Pyrrhon comme le mysticisme de Plotin ne s'explique pas sans un souffle venu de l'Inde. Les "valeurs méditérranéennes", celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d'origine et de caractère asiatique...... quant à l'avenir de l'Occident, il n'est pas ici en cause : une influence préméditée n'a jamais eu de résultats durables, et prédire est probablement le contraire de comprendre. Toute réflexion inquiète de l'Européen sur l'Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l'empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la raison occidentale, qui est la raison tout court, de faire surgir, ainsi que l'ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en chassant les imaginations matérialistes qui sont ce que l'Occident a toujours reçu de l'Orient
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