• Brunschvicg : différence entre le moi individuel et l'esprit (ou moi spirituel)

    On peut ouvrir au hasard n'importe quel livre de Brunschvicg, on trouvera toujours quelque chose de neuf, qui nous "sauvera" en quelque sorte de notre enlisement dans la nullité moderne, ou plutôt post-moderne, et nous apprendra quelque chose d'important sur l'existence et donc sur nous mêmes.

    J'ai trouvé ceci, dans l'avertissement (datant de 1904) de la seconde édition du livre : "Introduction à la vie de l'esprit", et qui illumine le difficile problème de la différence entre vie consciente et vie spirituelle. Je précise aussi que l'expression "moi spirituel" que j'ai utilisée consciemment dans le titre se trouve souvent dans la littérature de type théosophique ou anthroposophique, bref, et plus largement : occultiste.

    C'est voulu ; tout n'est pas à jeter dans l'anthroposophie, il faut simplement faire un effort de discrimination entre le bon grain (philosophique, celui que l'on trouve par exemple dans "La philosophie de la liberté" de Steiner) et l'ivraie occultiste et "ésotérique" (celle des "corps supérieurs" par exemple : corps astral, mental, causal, bouddhique, atmique, etc...et autres balivernes); je n'hésite pas à le dire : il faut sauver les soldats Ryan innombrables perdus dans ces marais et ces sables mouvants occultistes , création de ceux qui ont renoncé à l'effort de démonstration et de rationalité et ont inventé de toutes pièces des "facultés supérieures à la raison", facultés jaillissant on ne sait trop comment (et pour cause ! elles n'existent pas !) de "méditations" patiemment pratiquées pendant des années (très nombreuses, forcément Mort de rire) ... malgrès mon éducation scientifique (ou peut être à cause d'elle ? Clin d'oeil) j'ai été l'un de ces soldats perdus dans les sables mouvants de la kabbale, du soufisme, de l'anthroposophie ou du Zen, pendant de trop nombresues années, jusqu'à ce que je sois redressé, relevé, et sauvé, il y a une quinzaine d'années, par la lecture de Brunschvicg et de Badiou. Et si je me suis éloigné aujourd'hui de la doctrine de Badiou, je lui resterai éternellement reconnaissant, car sans lui, et sans Brunschvicg, je serais encore assis à méditer sur mon coussin ou à me prosterner sur mon tapis de pière, ou à participer à je ne sais quels stages de tantrisme, de zen ou d'anthroposophie (quoique le tantrisme, ça puisse avoir du bon, si l'enseignante est jolie Mort de rire).

    D'ailleurs l'explication par Brunschvicg (en 1904, année où Steiner avait déjà dérapé dans la théosophie )  de la nature de ses intentions dans "Introduction à la vie de l'esprit" révèle cela de manière bien plus limpide (on notera les mots "science de l'esprit", qui sont aussi ceux employés par Steiner pour caractériser l'anthroposophie, mais il n'y a sans doute aucun lien conscient : Brunschvicg ne perdait pas son temps avec ce qu'il appelait "les bas-fonds de l'occulte"):

    "S'agit il d'une étude préliminaire à la constitution d'une science de l'esprit, ou d'une initiation à une vie supérieure que le commun des mortels ne soupçonnerait pas ? ni l'un ni l'autre répondrions nous. Nous n'avons eu ni la prétention d'enseigner ni celle de révéler"

    tout est dit en quelques mots : initiation et révélation , propres aux fadaises occultistes , ésotériques ou mystiques, sont définitvement écartées.

    Et pourtant il y a bien "initiation", d'une certaine façon, puisque la "philosophie véritable" (celle de Brunschvicg et quelques autres) doit élever la conscience au dessus du règne du sens commun , des croyances et préjugés collectifs, pour la mener vers la "seconde naissance" le sanctuaire intime de la pensée progressant indéfiniment vers "Dieu". Mais cette "initiation" n'a rien à voir avec les impostures religieuses ou occultes : elle est entièrement du côté des idées claires, et ne sépare aucunement ceux qui en sont bénéficiaires du reste de l'humanité; au contraire elle fait tomber toute séparativité (illusoire, puisque dûe aux religions tribales). Voici trois traités de cette "initiation" à la philosophie et à la raison , la seule véritable  : le Traité de la réforme de l'entendement de Spinoza, le Discours de la méthode de Descartes, et l'Introduction à la vie de l'esprit de Brunschvicg...ici la philosophie nous fait la courte échelle pour nous procurer une voie d'accès facile et sûre jusqu'à elle...et nous devons avoir un sentiment de gratitude infinie envers elle, ainsi qu'envers ses trois fidèles serviteurs que je viens de nommer...

    C'est ce que précise Brunschvicg d'ailleurs, à propos de ses intentions :

    "il nous a seulement semblé qu'il était utile d'avertir, de signaler l'existence des problèmes, d'indiquer où l'homme en trouverait directement la solution : dans le progrès continu de l'activité qui le constitue comme être pensant"

    Mais ici se lève une difficulté : si la vie spirituelle et religieuse n'est aucunement située au delà de la compréhension et de la raison humaine, dans un mystérieux monde intelligible ou "supérieur" , y a t'il besoin d'un livre à son propos ?

    oui car la vie spirituelle passe généralement inaperçue (c'est pour cela que si nombreux sont ceux qui la cherchent là où elle n'est pas et ne peut être, dans l'imagination de mystères supra-rationnels), justement parce qu'elle est en quelque sorte "trop proche", et trop évidente, exactement comme la lettre volée dans le récit d'Edgar Allan Poe, qui était cachée et introuvable justement parce qu'elle avait été mise là où personne n'aurait l'idée de la chercher : bien en évidence !

    puisque la vie spirituelle se trouve dans l'immanence radicale ! ("dans le coeur" disent les maitres ésotériques, mais l'expression est dangereuse car ambigüe)..

    et c'est ici que Brunschvicg donne sa petite "expérience de pensée", qui éclaire et illumine le problème de la nécessaire discrimination entre "psychologique" et "spirituel" (un problème qu'un imposteur comme René Guénon contribue à rendre insoluble en le dissimulant sous le rideau de fumée d'une "Tradition" imaginaire):

    "Des enfants sont réunis; on apporte la tarte à partager entre eux ; chacun songe immédiatement à la part qu'il aura et 'sil est oublié, il ne manquera point de s'en apercevoir.

    qu'on demande à l'un d'eux de faire le compte des assistants, il arrivera le plus souvent qu'il se trompera d'une unité : il n'aura point pensé à se compter lui même, et il faudra presque toujours qu'il soit averti de ne point s'oublier.

    D'où vient cette différence remarquable ? sinon que l'enfant a pris deux attitudes différentes : là il est un objet qui doit être compté; ici au contraire il est le sujet qui compte.

    Dans la première attitude , étant un individu parmi d'autres individus, il a naturellement le sentiment de son moi. Dans la seconde attitude , étant un esprit concevant le milieu auquel ce moi se rapporte, il peut paraître ne plus exister à ses propres yeux, de même qu'au théâtre il nous arrive d'oublier où nous sommes...

    en d'autres termes, dans l'état où est l'évolution de notre espèce, nous prenons spontanément conscience de notre vie individuelle; mais la conscience de notre vie spirituelle requiert un effort nouveau de réflexion"

    Il me semble qu'il n'y a plus rien à ajouter, tant cette petite "expérience" parle d'elle même....

    mais je voudrais juste souligner les implications politiques de ces idées, cruciales par les temps qui courent...

    les "libéraux" de droite ont raison de faire reproche à la "gauche" de berner les gens , en leur faisant crorie que le "partage des richesses" serait la solution au problème de la pauvreté....

    la gauche voudrait partager un gâteau supposé "fixe", que ce "gâteau" soit la "richesse collective", ou bien le "temps de travail"; la droite affirme qu'il faut d'abord augmenter le volume du gâteau, et qu'ainsi tout le monde aura une part plus grande.

    Mais la droite oublie simplement que le volume n'est pas extensible à l'infini, à cause des contraintes de l'environnement...

    et surtout, plus profondément : les deux adversaires (qui n'en sont pas vraiment, partageant les mêmes présupposés matérialistes) enferment l'humanité dans l'idée que le sens de l'existence c'est de manger un gâteau !

    (je n'ai rien contre les gâteaux ni contre les menus plaisirs de la vie, à condition de les maintenir à leur place)..

    or, suggérer que "tout est du gâteau", c'est nier, et rendre impossible l'accès à la vie spirituelle !

    c'est enfermer l'humanité dans le désespoir et le nihilisme, en lui rendant impossible l'ascension vers la pensée pure qui est le Dieu des philosophes et des savants !

    là saute aux yeux le caractère démoniaque du sarkozysme, comme d'ailleurs du faux socialisme et du faux communisme contemporains !

    et Sarkozy peut bien après aller se faire photographier à la messe autant qu'il voudra, ou proclamer que la religion possède une fonction essentielle de "donner du sens"  dans une société de plus en plus désespérante et destructrice de tout ce qui est humain (à qui la faute ?), il ne fait lui aussi que dissimuler ses actions véritables , qui sont de nature criminelle, derrière un rideau de fumée pseudo-religieux.

    Car la religion dont il parle, qu'elle se nomme catholique, musulmane ou juive, c'est l'idolâtrie... qui a mené jusqu'à nous, à notre enfermement planétaire et mondialisé dans le nihilisme païen (se prétendant monothéiste) ou athée.


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