• J'ai vu un des articles que j'avais publiés en juillet 2007 sur un ancien blog republié hier 19 novembre 2008 sur un blog d'Observation de l'Islamisation :

    http://cafephilodedroite.blogspot.com/2008/11/observatoire-de-lislamisation-de-la_19.html

    et cela m'a donné motif à réflexion.

    Pourrais je aujourd'hui réécrire sans aucune modification ce que j'avais écrit il y a un peu plus d'un an ? soit un espace de temps assez court, mais où il s'est passé pas mal de choses, notamment depuis les dernières semaines et ce que l'on appelle la "Crise mondiale".

    A vrai dire, je ne renie rien de ce que j'avais écrit en juillet 2007. Mais il me faut y apporter, plutôt que des corrections ou suppressions, des compléments qui s'avèrent constituer des rectifications...en quelque sorte Mort de rire

    Tout tourne autour de Brunschvicg et de sa doctrine : c'est en lui, et en son oeuvre, que s'est cristallisé un noyau d'aspirations et de projets de nature philosophique et spirituelle.

    Or une chose est indiscutable concernant Brunschvicg : la vie religieuse est pour lui l'aspect le plus important de la vie, et toute sa philosophie est orientée vers ce but.

    Mais il est une autre chose indéniable, ou plutôt une chose qui semble entièrement différente, mais qui ne l'est pas, et même s'avère à la réflexion être la même chose: c'est que Brunschvicg est d'une intransigeance absolue sur la valeur du rationalisme, et de sa valeur, de sa teneur religieuse; un rationalisme qu'il a soin de différencier du dogmatisme fondé sur une Grande logique, qu'il vitupère comme faussement rationaliste.

    En fait, on pourrait dire que tout l'effort de la vie philosophique de Brunschvicg se résume à la tâche, écrasante, de définir le plus scrupuleusement et le plus exactement possible la nature de la raison, et ce en quoi elle est ce qui depuis la naissance de la science "ouvre" la possibilité de la conversion et de la religion véritable, sans rien de commun avec les religions du passé.

    A ce titre se pose le problème du christianisme, dont on sait que depuis 2000 ans il oeuvre et opère, avec la philosophie , au coeur de l'édification du destin de l'Occident, c'est à dire du destin de l'humanité, qu'on le regrette ou qu'on s'en félicite.

    Or Brunschvicg, d'origine juive, et qui a eu à souffrir à la fin de sa vie des persécutions nazies et pétainistes, Brunschvicg qui a été un dreyfusard sans failles et un ardent combattant contre l'antisémitisme, Brunschvicg rejette le judaïsme et l'Ancien Testament. Voir notamment le témoignage de Gilson dans l'article précédent :

    http://www.blogg.org/blog-76490-billet-brunschvicg_raconte_a_gilson_sa_liberation_du_judaïsme-922879.html

    Il le rejette parce qu'il rejette la notion de Créateur et celle de Transcendance, et parce qu'il le juge trop "charnel", impuissant à se hausser à l'universel.

    Brunschvicg déclare souvent que sa philosophie est une doctrine du Verbe, de Verbe intime (logos endiathetos) plutôt que du Verbe proféré dans le langage et son exériorité. Il se rattache au Nouveau Testament comme livre de la religion du Verbe, donc plutôt au prologue de l'Evangile de Jean , qui avait aussi tellement fasciné Fichte.

    Brunschvicg se plait à reconnaître que le christianisme a inauguré un "nouvel élan de conscience", qui peut et doit se poursuivre en dehors des domaines régis par la foi. "Je ne reconnaitraît pas moi même dans ce que je pense et ce que je suis" dit il "s'il n'y avait eu tout le mouvement du christianisme".

    Le R P Sertillanges fait ce constat que l'on pourrait craindre orienté (pour "récupérer" Brunschvicg et la philosophie critique dans le giron de la foi chrétienne) mais que nous acceptons dans ces grandes lignes : reconnaissant l'énorme influence exercée (en bien comme en mal d'ailleurs, ajouterons nous) par le christianisme dans le domaine philosophique, Brunschvicg n'entend pas choisir pour se situer pour ou contre le christianisme en général; il fait son choix à l'intérieur du christianisme, interprétant celui ci dans le sens d'un idéalisme critique et mathématisant qui se veut aussi et par dessus tout religieux et apparenté , outre la doctrine du Verbe, à l'imitation de Jésus. (sur ce dernier point de l'imitation de Jésus cependant, je me permets d'être dubitatif, et pour ma part je restreindrais le "christianisme de philosophe" de Brunschvicg à la pure spiritualité de la doctrine du Verbe intérieur et absolument immanent : "la lumière qui éclaire tout homme de l'intérieur".

    Un idéalisme, donc, religieux non pas malgrès son mathématisme, mais religieux et "chrétien", d'un christianisme de philosophes et de savants, parce que mathématisant.

    Et l'on ne peut que noter, en relation avec ce qui vient d'être dit, que Kojève caractérise la science moderne comme étant d'origine chrétienne: la naissance d'une physique mathématique à vocation universelle est  explicable selon lui uniquement par l'imprégnation de l'Europe par le christianisme et singulièrement par le dogme de l'Incarnation. Car les autres dogmes porpres au monothéisme étaient présents dans le judaïsme et l'Islam, qui n'ont jamais eu l'idée de développer une science mathématique et universelle. Idée qui a vu le jour sous la forme de la Mathesis universalis de Descartes.

    Compte tenu de ce qui précède, et de ma volonté de fidélité, non pas littérale mais spirituelle, à la voie tracée par Brunschvicg, vais je donc renier les propos souvent d'une virulence extrême que j'ai tenus en 2007 sur l'ancien blog, contre le christianisme ?

    Oui et non.

    Car la fidélité au sens véritable du christianisme, la doctrine du Verbe , réclame une intransigeance intraitable contre ce qui dans le christianisme apparait comme scorie, impureté, ajout mythologique à la pure doctrine (philosophique en son essence) du Verbe : à savoir tout le christianisme vulgaire, celui que l'on connaît si bien : prières, bondieuseries, pleurnicheries "saintes"...et, côté cour, guerres, croisades et là aussi massacres.

    Si le christianisme est, et il l'est d'une certaine façon, la tentative absurde et désespérée (ou désespérante) de faire tenir ensemble deux choses absolument inconciliables : la personnalité humaine de Jésus, et l'essence pure et spirituelle du Verbe universel, alors il ne peut que s' effondrer..et c'est bien ce qu'il fait depuis 2000 ans, et de manière acélérée depuis un siècle. Et ce au profit de l'Islam.

    Mais nous savons aussi que Brunschvicg, disciple de Spinoza, interprète la doctrine spinoziste comme "un christianisme de philosophe".

    C'est pour cette raison que nous changeons, depuis quelques mois, la visée de notre lunette d'approche, pour la réorienter vers le domaine de la vie religieuse. Donc de la Mathesis universalis vers le Dieu des philosophes et des savants, puisque l'on sait aussi que Brunschvicg a toujours rejeté la première notion, Mathesis universalis, qu'il considérait comme un reliquat à l'âge moderne des rêves de "Pansophie" du moyen age, mais qu'il s'est réclamé pour le sens ultime de sa pensée du Dieu des philosophes et des savants, en un sens exactement inverse et symmétrique du Mémorial de Pascal :

    "le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial de Pascal du 23 novembre 1654: entre le Dieu qui est celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires".

    Dieu des philosophes et des savants , non pas Dieu d'Abraham pour Brunschvicg (et pour nous, pauvres ombres qui suivons ses pas de géant à distzance respectable et respectueuse); mais pour Pascal :

    FEU

    Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob,

    non des philosophes et des savants.

    C'est dans ce cadre de réflexions que nous choisissons de "thématiser" nos sommaires tentatives, vite retombées d'une "impuissance à redresser le vol", comme un christianisme, ou un Islam, de philosophes et de savants.

    Car si l'on émonde le christianisme de tous ses aspects charnels, de toutes ses impuretés donc, alors l'apparition historique de l'Islam perd tout son sens : et l'on peut confondre Islam et christianisme en un même nom, et un même concept.

    Mais tout en précisant bien que ce "christianisme-Islam de philosophes et de savants" n'a rien de ommun avec l'Islam coranique, et très peu avec le christianisme historique en tant que religion... peut être juste le prologue de l'Evangile de Jean. Et cela suffit amplement à toute une vie d'effort intérieur !

    Voir aussi sur ce point :

    http://www.blogg.org/blog-76490-billet-un_christianisme___ou_un_islam__de_philosophes_et_de_savants-890557.html

    La belle histoire continue donc, mais ce sont les blogs suivants qui en deviennent les principaux "points de regroupement et de convergence":

     
     
     
     et, dans une optique moins "généraliste" et plus orientée vers le combat spirituel autour de l'Islam des lumières (c'est à dire : contre l'Islam de Muhammad et le Coran, pour lce que nous appelons Islam des philosophes ou Islam spirituel, rattaché à Averroès, mais surtout à Copernic, Descartes,Spinoza, Malebranche, Fichte Brunschvicg et Einstein):
     
     

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  • Il est des moments bénis où l'on est apte à pardonner à Internet toutes ses monstruosités (pornographie, islamisme, nazisme , sarkozysme etc..).

    par exemple quand on tombe par hasard sur ce livre d'Etienne Gilson : "Le philosophe et la théologie", où il raconte sa jeunesse et son éducation philosophique, sous les auspices de Léon Brunschvicg , livre que Google nous offre à l'url suivant :

    http://books.google.fr/books?id=b1h629TmxxAC&pg=PA31&lpg=PA31&dq=Brunschvicg+evangile+Jean&source=bl&ots=LryGH9HNxU&sig=yy2Xgrb_A1VVdPrANQ8f1aQnBKQ&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=4&ct=result#PPA32,M1

    On sait que Brunschvicg cite souvent certains passages des Evangiles, surtout celui de Jean, et qu'il déplore que le christianisme historique n'ait pas été à la hauteur de la religion du Verbe qu'il est en fait. Il rejoint ainsi Fichte, qui voit dans le Prologue de l'Evangile de Jean toute la philosophie éternelle en germe.

    Dans "Le christianisme et les philosophes", le R P Sertillanges donne quittance à Brunschvicg du fait qu'il place toujours le Nouveau Testament bien au dessus de l'Ancien : le Dieu en esprit et en vérité, le Dieu qui est le Verbe immanent à toute conscience humaine, et non pas l'idole "Dieu créateur".

    Gilson confirme ici (pages 29 à 32 entre autres) que Brunschvicg a répudié le judaïsme jusque dans le christianisme (on ne parle évidemment pas ici de conversion, alors que Bergson voulait bel et bien se faire catholique, mais y a renoncé pour ne pas paraitre abandonner ses frères au moment des persécutions hitlériennes).

    "Ce qu'il nous reprochait à nous autres catholiques" (c'est Gilson qui parle de Brunschvicg), "c'est d'être encore trop juifs".

    Mais Brunschvicg, dans sa simplicité et sa sincérité, raconte à Gilson le moment exact où il s'est libéré de la "prison juive" (ainsi que l'appelle Jean Daniel) : "c'était au moment du jeûne : pou s'assurer qu'il ne cédait pas à un appétit bien naturel, notre philosophe mangea un haricot (Brunschvicg appuyait sur "un", car l'unicité de ce corps du délit lui garantissait la pureté de l'acte)..

    Gilson : "j'essayai alors de lui faire comprendre  que l'idéalité même de sa rébellion était encore un triomphe du Lévitique"..

    puis il se demande : "Quel est donc ce Dieu en esprit et en vérité auquel on se consace en mangeant un haricot, et un seul ?"

    Il se pourrait bien que Gilson ait manqué là la signification pour la postérité de ce qui est peut être l'un des plus importants "sermons" (à la manière d'un koan zen) philosophiques.

    Oui, il se pourrait que Brunschvicg nous lègue là, à nous autres pauvres ombres perdues dans les ténèbres du 21 ème siècle, de sa barbarie et de ses guerres religieuses qui reviennent, un héritage magnifique, un symbole qui sauve...

    Dans ses Essais sur le bouddhisme Zen, Suzuki raconte souvent la façon dont un élève, après des années de travail infructueux encore qu'acharné, rencontre l'illumination (satori) en recevant un coup de bâton du Maitre, ou à l'occasion d'une parole en apparence futile de celui ci...

    Il me semble bien vivre ici, avec Brunschvicg et son haricot, l'un de ces moments privilégiés...

    et, n'était mon souci de la discrétion, et ma méfiance devant l'exaltation (et le délire) , il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que je m'agenouille, moi, dans ma chambre, les yeux baignés de larmes, en murmurant dans une sorte de transe, un peu comme le disciple du Maitre Zen:

    "Maitre, c'est extraordinaire...tout ce qui était courbé est redressé, les fleuves sont de nouveau des fleuves etc..etc.."

    mais cela n'aura pas lieu, car je sais aussi que ne pas extérioriser ses sentiments intimes leur donne la pureté et la force d'un diamant....


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